Publié le 24 Juin 2012

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     Il a une voix belle et triste et les manières d’un poète. Sous le vol de ses mots, sous le souffle de ses lèvres ; ma peau chuchote que ma bouche tremble.

La fumée de sa cigarette lancée sur mon visage trompe ma mélancolie. Les appels déclenchés par ses yeux conquérants hypnotisent les parcelles rétractiles de mon corps.

Démantibulent mes peurs. Musèlent mon orgueil imbécile.

Les appels lancés par ses troublantes vocalises endorment le chagrin de mes organes.

Médecine fumigatoire qui encense mon âme.

 

Ensorcelée, j’échappe aux sciences mensongères.

Droguées à mon dernier rêve, tentées par la féerie de ses mains baladeuses, mes paupières cèdent et gomment en tombant, des réminiscences lépreuses. Ce soir, j’y crois plus encore. Il me semble que mes suppositions filent entre les galaxies, tracent de candides trames qui reviennent — alors que mon sang palpite — reviennent en lambeaux brûlants.

 

Nous courrons tous deux vers la tendre folie.

Ce soir, j’y crois plus encore. Bienheureuse que mes paupières n’aient plus la force d’éclore. Son sourire fertile abuse de moi ; sous mon regard, des rideaux de brouillard s’enverguent, toisent le ciel et bordent notre chemin. Je marche nue, désormais mue par cet éclat qui m’étreint ; j’embrasse son front et m’en vais accrocher ses doigts à mon sein.

À trop s’aimer, l’on se déchire. Ce soir, j’y crois plus encore.

L’esprit tourmenté, triture au centre des ombres mes sombres efforts, de renonciation.

Son sourire fertile suicide tous mes faux émois.

 

Les minutes sans lui se fondent en chimères. Son existence aborde, abonde, mutile, contraint, contient. Elle m’entoure et me viole.

 

Contraint contient, entoure viole, mon estuaire.

 

Il ne trouve pas là où mourir.

Alors, c’est mon cœur qui se fait tombe.

 


2008

Peinture de Fabio Calvetti.

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Rédigé par L.

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Publié le 24 Juin 2012

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Publié le 21 Juin 2012

 

J’aborde aujourd’hui ton nom comme on aborde un très haut mur.

Tout gribouillé, au recoin de son quartier, tout cramoisi, tout défraîchi, qu’on voudrait repeindre à la va-vite, d’une texture blanche un peu ancienne, sans gros moyens, entre copains, juste comme ça, en patriotes ; parce qu’à midi le jour commence, et que déjà on s’y ennuie.

 

Mercredi, te souviens-tu ? Alors que le printemps s’effilochait, j’ai gâché l’esprit de tes aveux. Devant la cave, sous les buissons. J’caresse maintenant ton veston, oublié dans la cuisine. Pour l’occasion je baptiserais bien un abricot avec Mélusine.

 

Je veux tout désaccumuler.

 

Me comprends-tu ?

Je laisse tomber tes lettres bateaux ivres dans les vasques de mon balcon.

L’encre se délite, tandis que dans ma gorge se répand finalement une sucette glacée au citron.

 

 

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Publié le 21 Juin 2012

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Publié le 20 Juin 2012

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Lui a préféré partir parce qu’il rêvait d’ailleurs, il est parti sur l’eau parce qu’il en avait assez des voyages immobiles, la vie fantasmatique, monter les cent vingt-neuf marches, se suspendre dans le vide sans avoir peur de la chute.

Lui, il n’en voulait plus du filet imaginaire, il disait ne plus jamais vouloir se faire rattraper. Il disait que plus il s’éloignerait de la rive plus il se sentirait vivre.


L’ivresse du danger, le vrai ; l’ivresse défiant la mort, son spectre haineux.

La nuit, je vois sa barque à la renverse et son corps qui plonge. Son vœu est exaucé, rien ne le retiendra, pas même mon cœur en excès. Je n’ai pas été de ses langues acérées qui ont dit reste, qui voulaient l’empêcher de briguer l’inconnu alors que c’était la mer à boire.


Mes écluses sont ouvertes sur d’autres folies.

Je suis le triste clown qui est resté pour languir. Lasse, prostrée la tête entre les mains, il me faudra un nez rouge pour molester dans la nuit sombre mes idées noires, leur couper le souffle, souffler sur des bulles de savon, les faire éclater sur mon visage, ainsi il brillera et je saurai transformer leur vision. Magie faisant, malgré la blessure pérenne, ils n’y verront que du feu, ils n’oseront pas penser aux larmes dégringolant sur mes joues, pas même à un sel fossile reposant à l’ombre de mes cils. Mes écluses sont ouvertes sur d’autres folies. La vie est une chimie, mon âme est un peu fluide, mon corps est un capteur d’impulsions et les électrons demeurent une danse circulaire.

Mon compatible naitra d’un clic, j’y convoierai les mots pour le haranguer, les mots pour convoiter son génome. Je serai la promesse d’un clair de terre, celle qui le délogera de sa planète, il sera mon trophée, ma conquête.

C’est cela, je crois que je vais me construire un amant, lui parler, lui écrire, vivre pour lui, avec lui, en lui.

Me soustraire au désaveu.

Faire taire le murmure des autres, la chair recroquevillée sous une chaleur stellaire. Libérer cette envie d’explosion sur une toile féodale assoiffée de couleurs, créer pour museler la rumeur des finitudes.

 

Depuis la grève, désirer vivre l’hébétude d’un titanesque naufrage ; et puis un jour, courir au sabordage.

 

Image : Peinture « La pêche à la ligne » — Delphine Cossais.

 

http://delphinecossais.typepad.fr/

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Rédigé par L.

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Publié le 20 Juin 2012

Rédigé par L.

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Publié le 19 Juin 2012

Dans la bouche, elle a des mystères et du bubble gum bleu au menthol. Des mots bien agités avant l’ouverture. Alors, tu vois, si tu veux l’approcher, faut pas avoir peur des éclaboussures… C’est une fille démente, parce qu’elle fait rien comme tout le monde et que ça ne lui demande pas d’efforts.

Elle se fait pas rebelle, elle se pare d’aucune fantaisie. Elle exhale un parfum de frasques que j’ai jamais senti ailleurs. Elle ne s’fait pas interprète d’une différence. Elle ricoche sur toute comparaison. Elle est schtroumpfophile.

Avancer avec elle, c’est comme naviguer dans Alger. C’est comme surfer sur une eau impondérable, chicaneuse.

Tu montes, tu descends, tu montes, tu plonges, tu montes, tu tombes, tu te relèves, tu retombes. Et des fois, tu te fais mal.

Argueuse comme inimaginable. Jamais tu ne pourras te reposer à ses côtés. Elle a toujours sous la main un reproche à te faire, mais elle, elle appellera ça « constatation ». C’est pas pareil, c’est juste dire tout haut ce qu’on voit par hasard et qui nous scie un peu l’regard. C’est pas du tout comme chercher la ptite bête. D'ailleurs, elle aime pas les insectes, surtout ceux qui volent.

 

 

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Rédigé par L.

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Publié le 18 Juin 2012

     Bain

     Le zellige, des comètes étoilées à quinze branches violettes, de petites rosaces ocre et turquoise, toutes ces formes reposant sur un enchevêtrement de rectangles blancs. La vapeur sature l’air, les pores se dilatent, le sang bouillonne. Les corps nus sont frottés jusqu’à ce que naissent des égratignures.


     Il y a de la violence, de la sévérité dans ces frottements obstinés à rendre la peau plus blanche, plus lisse. On fait quelques fois une pause, on se rince en versant de l’eau que puise la tasse de cuivre qui fouille dans le bassin sous-jacent.

Elle gicle sur les corps et apaise ou réveille le tourment de leurs surfaces décrépies en fonction de sa température. L’épuration est bruyante, c’est comme des ouvrières qui, toutes à leur tâche, délient leurs humeurs et les partagent avec les voisines. Les rires s’escaladent, des voix retorses trouvent le moyen de se dégager du trouble sonore et se volent la vedette par plages étroites. Le bain a été réservé pour la mariée.


     Je n’y ai pas mis les pieds depuis mes dix ans. C’était un martyre, maman frottant insensible malgré mes supplications. Rien ne l’arrête. Je me liquéfie.

Sous les Celsius exacerbés, je manque de m’évanouir.


     Aujourd’hui je suis libre de repousser le calvaire. Et pour narguer ma mère je tiédis l’eau au possible, je fais faire rapidement le tour de mes membres au gant râpeux et passe au gel douche alors que les autres femmes de la tribu n’ont pas fini le premier mouvement. Je contemple Maria. Des sourires escrocs se détachent de la beauté piégeuse qui la relie désormais à un prince Mercedes. La perspective de sa cache dorée lui pince l’âme qui plisse et dont les froncements répercutent des mimiques hypocrites à la soupe de femmes obèses et ordinaires. Qui n’a d’yeux que pour elle. Pour sa silhouette dégagée et son visage luminaire. Elles voudraient la même pour leurs fils.


     Il y a comme un blanc entre ses lèvres plantureuses qui ne dit rien ou tout ce qu’on saurait poser dessus.


     Je sais qu’elle aimerait détaler. Assise sur « la pierre chaude » entourant la fontaine au centre du bain. Elle creuserait bien une petite rigole pour disparaître, gagner l’autre versant de la vie.

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Rédigé par L.

Publié dans #Récit (1)

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Publié le 17 Juin 2012

Hier, j’ai eu envie de lui dire : « Je t’aime sur la bouche, et je ne sais pas trop depuis quand ». Mais j’ai eu peur. Peur qu’il ne se transforme en amphibien. Me prenne par les chevilles, m’attire dans l’eau. Trouble de son désarroi.

L’amour se nourrit de mystère, croît dans l’ombre ; tout comme les plantes chlorophylliennes avalent du CO2 et bronzent pour pousser, mon amour grandit dans le sous-bois de ses vocables enchevêtrés.

 De ses valses nocturnes toutes décaties. Qui s’éteignent au matin contre la joue caressante de biscuits mous aux brisures de chocolat.

 

*

 

Je crois qu’au creux de nous, quelqu’un est mort.

L’indifférence licorneuse s’est enfuie virevoltante.

Avant. Elle a sifflé avec inélégance toutes les liqueurs acidulées entreposées sur le podium de mes défaites.

Petite furie ! Elle a fait de mes échecs des babioles à engloutir.

 

Et puis elle m’a balancé du sable dans les yeux pour que je ne la voie pas partir.

 

 

 


 

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Rédigé par L.

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Publié le 15 Juin 2012

Parc-ret1

Depuis que j’écris, j’ai l’impression d’être moins étrangère à ma ville. J’observe ceux qui m’entourent et perçois des bouts de leur histoire ou de ce qui aurait pu être leur histoire. Ils frôlent mon regard et parfois je m’y accroche par envie. Je sais tout à coup ce qu’ils pensent et où ils vont. Ce qu’ils veulent et ce qu’ils disent.

Il y a ce couple qui descend du grand bateau. Celui où je ne monte jamais parce que je suis une peureuse et que son tangage audacieux m’intimide. Les sensations fortes je les vis en songes, mensonges que je mastique, modèle et recrache. Souvent, je fais des bulles avant. Des bulles où le temps s’arrête, dans lesquelles prolifèrent mes possibles. Je suis étrangère aux peurs manufacturées, monnayées comme un ticket pour le grand huit. Eux descendent hilares de leur voyage immobile, plus que jamais soudés par la tempête imaginaire qui les a secoués au beau milieu d’un mélange de cris réels et d’excitations abusives. Il lui achète une barbe à papa. Elle peut redevenir enfant puisqu’elle a trouvé où se blottir. Je les vois qui s’éloignent de la foule des consommateurs salivant devant le sucre offert. Ils descendent le petit escalier emboîtés l’un à l’autre, évoluent doucement, puis disparaissent quelque part sur le bord d’un chemin descendant où la forêt se sera écartée.

Leur dessein est fourré derrière les arbres. Je ne les vois plus. J’en conserve cependant un hologramme rémanent que j’anime depuis mon banc, c’est ainsi que tous deux dansent sur la plage blanche posée sur mes genoux.

Le voile magenta de la fille s’ouvre et tombe rejeté par sa chevelure torsadée, déroulée en vagues douces. Charme déferlant. Il s’est assis ; elle est debout face à lui. Vient le tour de la veste noire en lainage — longue pour cacher les formes —, elle la déboutonne lentement, s’en défait, puis la laisse tomber derrière elle. Son visage est une peinture ironique où se côtoient bonheur et appréhension. Joues rosées, regard oblique. Elle a un peu froid, mais ne dit rien, attend parce que c’est trop tard. L’homme se redresse, trois pas sur les feuilles craquelées lui suffisent pour la rejoindre. Ses mains entourent d’abord le visage, ensuite les doigts s’infiltrent dans la toison bouffante qui respire le pin. S’en détachent avec l’envie dérobée d’y revenir. Les mains s’apposent sur les épaules délestées, marquent un arrêt, puis descendent le long du dos, se rejoignent au-dessus des reins, emprisonnant la silhouette fine et droite, tranchante. Elle se rend compte doucement que les bras qui l’encerclent engendrent une chaleur invasive. Frissons écartés.  

L’homme réduit le diamètre de son étreinte, dégommant l’espace entre leurs corps tendus. Dilatoire, la fille reproduit les gestes de l’homme citadelle, abandonnant la chorégraphie sur une pause symétrique. C’est là qu’il se jette sur la bouche entr’ouverte avec pétulance ; il recouvre le méat de sa lèvre inférieure, se promène d’une langue dilettante au sein du territoire soumis. Rencontre en dedans les faces planes et les pointes aguicheuses des dents ; dangereusement diligent, il aborde la langue conjointe molle, tiède, ankylosée, comme une sorcière au bord de la défection.

L’éclairage baisse, le feu s’élève. Tremblements. Pourtant, il n’est plus envisageable d’abandonner. Tandis qu’il dégoupille sa ceinture, elle s’affale sur la veste.

Ce n’est pas une après-midi ordinaire, elle s’en souviendra comme d’un passage important sur le livre de sa destinée. Lui sait qu’il ne lui reste plus qu’à grimper dans le tronc, monter jusqu’aux branches, creuser dans la substance juteuse, jusqu’à atteindre le parenchyme secret, laisser alors à cet instant précis percer la lumière. Rien d’autre.

Ils sont moi ; de l’abîme à l’élévation.

Ils ont pris le manège où je ne suis jamais montée parce que je suis une peureuse et que son tangage audacieux m’intimide. Mais leur désir ne m’est pas étranger.

 

Texte écrit en octobre 2010 pour la revue Etoiles d’encre, dans son numéro 45-46 consacré à l’Etranger. Sortie mars 2011. Sommaire du numéro : http://www.chevre-feuille.fr/index.php/la-revue/etoiles-dencre-45-46.html

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Rédigé par L.

Publié dans #Des histoires

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