fragments

Publié le 3 Janvier 2014

Dans une superbe robe noire de taille empire, le port de tête orgueilleux, perchée sur de splendides déraisons, elle dégringole de la grève vers l’horizon rosé, fondant elle et mes espoirs fragiles dans le parfait coloris du souvenir.

Aux abords de la Cité, de divines artisanes usinent délicatement la pellicule cramoisie qui surplombe nos mémoires. Elles sont pareilles à cette sylphide resquilleuse émergeant de mes nuits.

Elles portent une stèle sur le cœur et protègent l'âme des villes. 

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Publié le 27 Mai 2013

Texture - cahier 1

Il y avait des nuages comme de gros coussins en plumes qui me donnaient envie de partir en rêve. À quelle heure devais-je commencer à vivre ? Il était encore tôt. Le matin était frais et doux, le ciel comme je l’aime en hiver, d’un bleu violacé tendre. Nous avons roulé à toute allure vers la ville qui naissait lentement. Je vivais parfois l’éveil d’anonymes depuis les barres rectangulaires où des carrés de lumière s’allumaient par intervalles. Je me demandais comment avait été leur nuit et ce qu’ils feraient de leur jour. Je me demandais aussi qui ils étaient.

C’est son anniversaire et je ne sais pas quoi lui offrir. Peut-être mon nom. C’est injuste pour lui, si je venais à disparaître je m’effacerais définitivement de son monde laissant pour vestige une cicatrice invisible. Qui pourrait le comprendre quand il pleurera une muse fantasmatique habitant quelque part derrière la mer ?

Ils prendront ça pour un délire. Le diagnostic fera mal à mon ange. Il leur dira tout. Que j’étais vierge et qu’il a été le premier. Ils demanderont à voir la bague, il répondra que nous n’en avions pas. Que seuls les appels du manque qui frappent sa poitrine peuvent témoigner de notre amour.

Personne ne le croira. Mais ils feront semblant, ils auront des yeux compatissants et des tapes fraternelles et s’éloigneront promettant de téléphoner pour avoir des nouvelles.  

C’est son anniversaire et je ne sais pas quoi lui offrir. Il m’a demandé de lui raconter, je n’ai pas su dire non parce que c’était lui. Sur le coup je répondais aux questions, je m’évertuais à retransmettre les images mémorielles en les détachant lentement de la matière affective. Après, je n’ai pas réussi à m’en défaire, tous ces souvenirs remontés à la surface, ça faisait longtemps que je n’avais pas pleuré mon père. Je lui ai dit que je n’aimais pas parler de mon passé, que je ne voulais pas que les gens s’étonnent, encore moins qu’ils s’extasient, que je n’avais pas envie d’être une « curiosité ». Un personnage anonyme finalement, comme dans une coupure de presse un peu sanglante, un peu triste. Un fait divers.

 

30. Un problème au formatage


Mercredi 23 février 2011

C’est mon anniversaire, le trente-neuvième, le premier avec elle. Nous nous sommes levés tôt, elle est assise à côté de moi, l’œil un peu vague, sûrement encore dans les brumes d’un rêve avorté. Hier, elle m’a demandé que l’on parte à l’heure même de ma naissance, à trois heures quarante-cinq, que l’on prenne la voiture, « pour rouler », exigeant juste d’être de retour en ville à sept heures vingt-sept, « précise ».

Je ne m’étonne pas, j’obtempère, la réveille et l’embarque, conduis en direction de l’Atlas, fais demi-tour sur un bord de route anonyme, elle est silencieuse, je ne m’en offusque pas, je suis habitué, elle est spéciale, c’est mon amoureuse, un problème au formatage sûrement, je l’aime.

C’est mon anniversaire, le soleil tend ses premiers rayons et moi j’accélère, les faubourgs de la ville défilent à toute allure et moi je ne sais toujours pas. La portière claque à l’heure, retour à la case départ, « viens te coucher mon amour, tu dois être bien fatigué » sont ses seuls mots, retour au lit, sept heures trente.

Je m’endors, ce faisant, je me dis que ce devait être une sorte de test, une surprise à sa manière, ou peut-être une envie de silence et de nuit d’hiver, un cadeau en quelque sorte. Finalement peu importe, c’était un moment avec elle.

 

Nada Leil & Thomas Roche-Ponthus.

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Publié le 9 Novembre 2012

 
 

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 12/04/11

Dans le ventre, tu as le sang de ton pays, et dans ton désir tu as encore la pourpre qui gêne. Je pense aux mille Julia, Soemia, Moesa, Domnia, et celles dont le nom n'est pas sorti du prénom, est resté dans la grande ombre du prénom. Je pense à leurs amants aux cuisses mutilées. Le sacrifice au plaisir présent, c'est le plaisir à venir, c'est le don de tous ces sexes qui fondaient dans la Rome décadente de l'après-christianisme. Tous les jours, dans les rues, le vin se mélangeait aux crimes de la veille, les animait, les nourrissait, et l'on ne distinguait plus dans son verre le vin du sang, et il arrivait qu'une aorte se vide dans la gorge d'un corbeau titubant. Je suis un caprice, un délire, et un scandale. Tout ce qui est le genre de la mesure ne permet pas de me contenter, de me contenir, de me résorber dans le séisme de ses signes, de ses symboles et de ses croix dont elles font un chemin. Sous tes pas fragiles, sous le poids d'un hymen qui voile encore les cheveux et la harpe de la joie qui se tient dans le prurit abdominal. Du ventre démangé sous les morsures invisibles des poux du temps qui attend. Les cuisses des filles sont fragiles, elles tracent parfois jusque vingt ans des signes innocents dans le quartz et la poussière, et dans ces marques dans le sable c'est le visage de Dieu qui apparaît. Le visage de Dieu qui se révèle sous le martèlement des vitesses, sous le rythme du corps sélénite qui réfléchit la lueur des matières. Dieu, sous ton geste vierge, sous ta robe vestale, dans ta nudité inaltérée de mains, de vices, de crimes, où dessous des intentions se sont faites des nuits, des tombes et des aîtres, où tu boites parfois dans la peur des mains calleuses.

Jonathan

 

 

 

 

13/04/11

 

À une poignée d’homme j’ai offert mon cœur. Mon corps c’est une autre histoire ; je suis bizarre, pour faire mon cœur s’exiler, il me faut l’ivresse des images, ils étaient poète, photographe, réalisateur.
Pour délivrer mon corps, il faut que leur âme m’atteigne plus en profondeur. Pas d’amour en mon ventre sans que je ne sois engloutie sous cette force nitestcente. Ici, une fille a dit un jour à un ami : je m’aime à trois heures du matin. J’explore aussi mon corps, j’en écoute les failles et en reconnaît les éclosions. Le plaisir danse sous mes draps nébuleux, et je suis libre. Et je suis seule heureuse.
Cependant, par moments il est vrai que je manque d’une bouche. Il est des soirs où, comme la rosée, je rêve de baisers crépusculaires, de baisers lunaires, de pénétrer et de quitter des ambiances contrastées les lèvres toujours cousues, noir sur gris, au même sourire… envahissant.

Il y a quelques mois, j’ai commencé à aimer quelqu’un et puis finalement j’ai abandonné. On écrivait une histoire ensemble, par fragments, comme des confettis jetés de part et d'autre de la
Méditerranée.

L.

 

Image : Photographie – Bernard Plossu.

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Publié le 20 Septembre 2012

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Je retrouve une robe neuve dans une valise du fond du placard. Elle est belle. Son tissu tout de suite me séduit. Je retourne l’étiquette : « Ce vêtement est fabriqué au Népal, a été réalisé de manière artisanale. Nous vous conseillons de laver séparément à l’eau froide. Aucune enfant ne participer à la fabrication de ce vêtement ». Je souris. Doit-on croire une étiquette ?


Mon parfum du moment c’est Paris-Roses des vergers, une édition limitée d’Yves Saint Laurent.


Tu dis que tu l’adores. Je t’en asperge pour rigoler. Tu te venges en m’arrosant avec le tuyau de jardin alors que je le traverse pour sortir. C’est sympa ! Maintenant ma robe est toute trempée et le bleu déteint sur ma peau. Tu viens te coller à moi pour tout arranger. Entre tes bras je suis condamnée. Tu me barres le passage. Je ne veux pas que tu partes. Reste avec moi.


Fais de moi ton paysage (ton pays sage).


Août 2010

 

Image : Peinture à l’huile – Justyna Kopania.

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Publié le 7 Septembre 2012

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assiégés nous étions assiégés et c’était sans déplaisir mais depuis nous nous sommes tristement acquittés de bien des espérances déjà quelques mois avant toi je ne croyais plus trop en la franchise des mots émiettés çà et là disposés en appâts pour jeunes âmes virginales je ne dissimule plus rien de mes doutes de mes craintes de mes ardeurs déconfites quand la nuit tombe et imbibe l’étoffe blême sous ma joue mauve de contrariété heureusement les matins de flanelle détrempée exhibent parfois un arrière-goût de dune

 

mais

la nébulosité du soir revenu objecte vite que les minutes ne sont plus le capital pâteux du filtre à cafetière le jour est dissipé et aucun parfum ne distrait alors l’optimisme en pâmoison c’est là qu’on se quitte

 

pourtant

je voulais des pivoines dans mon jardin

entérinée la gentillesse trompeuse toutes les paroles caramels ramollis par le temps au fil du mois d’août de l’été les souvenirs des territoires rebelles je n’y suis qu’en balade quinze secondes c’est comme si nos mots et nos voix nos syllabes nos voix recouvraient nos corps réimprimaient leurs éraillures comme lorsqu’on s’embrasait en travers des alinéas je ressens maintenant tes petits souffles froids sur mon ventre de nouveau nos vies emmêlées

 

peut-être

nous avons captivé le présent il nous a capturés à jamais

 

Image : L'amour, l'amant, et les passantes.

http://scanman.blogspirit.com/

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Publié le 2 Septembre 2012

je me souviens du chemin de nos deux voix de banlieue en banlieue en bord de saison  la nuit toi à ta fenêtre grande ouverte allongé sur le lit au centre de la chambre avec des livres tout autour sur les étagères moi assise à mon balcon avec devant les tuiles d’en face changées sous le feu des réverbères circulaires qui dans le néant du parking sont comme des lanternes attisant le génie d’une lande enchantée combien de diamètre à ce cordeau de nuit délicat de fils de ronces d’épines de roses qui nous cajole tendrement nous met en cage

 

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Publié le 14 Juillet 2012

Escalier-en-bois.jpg

 

  Un crayon bien taillé pique chroniquement le bras de la fille mal taillée. Mine de plomb. La mine de rien qui fait mal. Avisée, à fleur de lame aiguisée, elle se mine en haut pour oublier qu’un étage plus bas, ça bat de l’aile, ça jongle comme un pied, et quand ça s’écroule ça fait craquer l’escalier de la cave.


 Temple humide et noir, banni des papillons de nuit et des paroles indigentes indigestes. Au fond, en dessous, ça brille dans le noir, comme une grande. Le bonheur c’est d’y croire jusqu’au bout, ces talents fous qui éclatent en secret. Sur le fond sonore d’un destin en apoplexie, l’algique romance coule des jours tranquilles, en sourdine. Sérénité.


Je balance à la mer les désirs qui s’émaillent, j’ai un vertige en queue de poisson. Feinte.

 

Je voudrais être ton inconditionnelle mais je me conditionne à t’oublier. C’est du pareil au kif kif, je te gifle moi non plus. Va voir ailleurs si tu rêves de moi et si je n’ai pas froid dans tes bras. Crocs.

 

Tu sais, on peut être heureux chacun de son côté ou s’effeuiller à deux. A toi de voir, si tu préfères la grande nage en solitaire, ou bien tous les deux sur les quais de la galère. Douce mélopée.

 


2006.

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Publié le 10 Juillet 2012

whitedress-httpguillaume.levot.over-blog.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce jour est proche. Ils sont tous deux au bord du souvenir et désirent plus que tout avancer.

La mer lentement rétrécit. 


À portée de main se tient l’homme fascinant. Bientôt il sera près d’elle et désarmée elle devra lui raconter son histoire. Il viendra s’allonger sur son tapis et l’écoutera, patient. Elle fouillera alors dans sa mémoire, cassera tous les cadenas aux chambres interdites. Parce qu’il est l’élu, elle lui doit toutes les clés.

 


Elle. La vierge farouche, elle composera une oraison d’adieu en ce temple. Vœu d’abstinence mort à petit feu sous l’acharnement de ses mots, de leur musique rongeuse. 



Et la gorge déployée du passé, elle fouillera. Extirpant des démons séculaires, les tirant par le cou. 

 


Je pense que leur histoire a commencé par un jeu, je crois qu’ils se sont écrits pour se plaire, ils se sont aventurés très loin ; sont arrivés là où les chemins se croisent pour nous égarer. Mais ils ne sont pas perdus, ils sont deux.


Peu importe la profondeur du gouffre. Peu importe sa peur.

Il la subjugue. Elle s’abandonnera à lui ce soir.

 

 


Photographie : whitedress.

http://guillaume.levot.over-blog.com

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Publié le 6 Juillet 2012

 

Au port

   

Mon amour je ne te laisse pas. Pardonne-moi d’être si loin de ta détresse.

Je voudrais être ta douce consolation et il y a des jours où je ne me sens plus à la hauteur. Tu sais, moi je n’ai jamais fugué en vrai, il ne me manquait ni l’envie ni le courage, j’étais trop lucide face aux problèmes. S’enfuir ne résoudrait rien. Ca compliquerait le présent. J’ai pris le parti de donner le change dans un mutisme douloureux. Je me suis bercée d’images et de futurs limpides où j’aurais retrouvé le contrôle sur mon histoire. 

Mon amour je t’aime, et je ne peux plus reculer puisque j’ai décidé de te le dire. Je t’ai choisi pour le tourment d’être deux dans la tourmente. Je veux ton sourire fragile et vibrant et ce regard en déviation. Celui qui évite au tendre malheureux de se consumer d’un seul coup devant un bonheur trop efficace. Réjouis-toi, je ne sais plus être ailleurs. Demain je reviens et tu pourras à nouveau fouiller ma tête, mes pages et mon corps. Je ne t’abandonnerai plus, je serai l’abandon entre tes mains.

Je te rapporterai les derniers embruns frétillant sur mon visage. Je te rapporterai l’odeur et la couleur de la mer. Tu auras de nouveau quinze ans lorsque nous passerons ensemble le pas de la porte les mains liées, le cœur ébloui. Mon amour je ne prie plus ces temps-ci et je pleure chaque soir de n’être pas à deux millimètres de ta peau. Embrasse-moi. Tu n’es plus seul.


Photographie tirée du clip « Au port » de Camille.

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Publié le 3 Juillet 2012

Balcon-httpcharlotteabramow.blogspot.com-copie-1

 

 

Le jour.

Il y a des balcons. Cages dorées d’où un regard boomerang s’élance et revient avec comme une encoche à chaque rencontre. Blessé.

Le jour.
Il y a le charivari de la rue. Un cortège de silhouettes quelconques, inquiétantes.

Seule la nuit console.
Il y reste dans un coin quelqu’un qui ne dort pas encore.
Porte close, fenêtre entrouverte. Une petite musique diffuse en sourdine vers son oreille égarée.

Accoudée au bastingage avec entre les doigts son ticket pour l’ailleurs.

Seule la nuit console. Comme une rumeur et puis s’en va.

Face à l'aube. Elle déserte.
Recule devant la voix du muezzin qui s’élève, qui s’étend, qui s’étale.

Recale la bobine.

Moi. Elle. Nous. Elles.
Derrière les palissades de demain.

 

 

Photographie : © Charlotte Abramow.

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