Publié le 23 Mai 2011

Nos baisers sont des adieux, paru chez Stock au printemps 2010, est le douzième livre de Nina Bouraoui, écrivain franco-algérienne née en 1967 à Rennes.

Il ne s’agit pas là d’un roman, mais plutôt d’un recueil de textes. L’agencement des différents  fragments de l’œuvre offre au lecteur l’impression de parcourir les pages d’un journal intime. Un journal qui aurait été rédigé sur papier libre et dont les feuilles volantes se seraient éparpillées puis auraient été ramassées et rangées à la hâte, sans respect pour la chronologie.  

Nous avons cependant des repères, chaque texte est précédé d’un entête (comme une étiquette) qui nous offre, en guise d'indices : un titre, une ville, une année.

Nina Bouraoui nous avait habitués par ses œuvres antérieures à une écriture fragmentaire, brouillée, dans laquelle elle n’a de cesse de jouer, telle une illusionniste, sur l’espace et le temps.

A visiter son écriture, l’on a toujours eu ces impressions que laisse l’autofiction. C’est une écriture de l’intime où des bouts de vie vécue sont cousus à des pans de fiction. A plusieurs reprises, des initiales ont remplacé des noms afin de protéger, on le devine aisément, l’anonymat des personnages ; de sorte à ce que les hôtes du réel ne deviennent pas otages du roman. L’ensemble produit un véritable attrait, le lecteur en ressort avec le sentiment d’avoir été aux premières loges d’un ensemble de confessions, il décortique et reconstruit mentalement le récit, cherche sa part de vérité.

Aujourd’hui, Nina Bouraoui semble se raconter en réduisant les greffons fictionnels. Il y a métamorphose de la situation d’énonciation, c’est ainsi que dans cette nouvelle configuration, l’ouvrage a trait à des mémoires et s’ouvre alors sur une série de flash back. Paris, Alger, Zurich, Venise, Berlin, Abou Dhabi, Provincetown, la banlieue algéroise… autant de lieux de pèlerinage, qui sont pour nous autant d’adresses virtuelles depuis lesquelles l’auteure réétudie le souvenir et nous en imprime une version tangible.

Pour Nina Bouraoui, Alger est plus qu’un territoire géographique, c’est une part de mémoire, une tranche de vie particulière qui inclut l’enfance et une partie de l’adolescence. Alger, est donc la ville où se forment les épilogues d’une destinée littéraire : « Cela arrivait au réveil. Je gardais le souvenir d’un état plein, il ne manquait rien sauf les mots qui pouvaient couvrir l’explosion du ventre, l’ivresse (recherchée par la suite)… » La première fois, Alger, 1972

Alger, c’est aussi le sanctuaire des premiers amours et premières amitiés : « Notre lien tenait ainsi. Notre lien sans nom. Sami n’était pas mon frère. Sami n’était pas mon ami. Il nous arrivait de nous embrasser comme des fous. » Sami, Alger 1978

Alger, ville poétique, ce port d’où l’on embarque pour une traversée délectable dans le monde du langage. L’auteure livre, comme à son habitude, bien des réalités sociologiques tout en façonnant ses récits dans une matière épurée, faite de  lumière, d’envoutements, et cela d’une manière organique : « Dans les herbes hautes, livrée à la terre chaude et molle comme une chair qui aurait porté ma chair, j’avais le vertige du ciel, me perdant bien après les nuages, bien après les parties bleues et traversées de bandes que les avions laissaient derrière eux. » Le ciel, Alger, 1974

Alger, temple des délires, des plaisirs et des premières pistes créatives semble même pouvoir se superposer au spectre d’un personnage : « Quand je la quittais, je ne savais jamais si j’allais la retrouver. Si le silence allait nous ensevelir comme du sable. Nos baisers ressemblaient souvent à des adieux. »

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Des livres plein les mains

Repost0

Publié le 22 Mai 2011

C’est peut-être grâce à lui que je m’y remets.

J’avais envie de faire des sorbets et le ciel est devenu gris, d’un gris mousseux, nébuleux, spongieux.

De gros volumes de fumée se sont faufilés par les petits trous de la mousse, ça a fait comme un brouillard. De mon balcon, derrière les roses, je ne distingue désormais que des silhouettes troubles et ce n’est pas plus mal.

Les tragédies me rendent austère. Les grands petits drames de la vie me font moins aimer le monde. Les gens. Pas d’énergie pour gérer une nouvelle saison d’apparitions, pas le moral à sourire à de frais intervenants.

Je suis f-o-r-m-a-t-é-e.

J’ai perdu toutes mes sauvegardes, je ne sais pas par où recommencer.

Si seulement je pouvais prendre le wagonnet noir, baratiner ses deux stupides roues blanches, tirer sur les rails sombres, chercher l’erreur, viser le mauvais tronçon, couper, couper, recoller. Comme si les évènements avaient roulé sur bande VHS.

J’ai eu trois mois pour faire le vide et au lieu de ça je suis pleine de doutes et d’amertumes. Je dors mal, je malmène mon corps, je dors en diagonale, je m’abreuve de mélancolie, j’ai les dents qui grincent face au constat. Je me sens comme empêchée de vivre, vissée là, au centre de la jeunesse et sans vis-à-vis.

Et pour ne pas arranger les choses, j’égratigne les heures sur les bords de pages de livres tristes, aux couvertures nouvelle vague dont les personnages regardent Hercule Poirot sous la pluie. Comme moi.

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0