Publié le 20 Novembre 2012

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J. m’embrasse dans le cou sous le préau bleu, devant la porte de la classe, devant les autres.

Il glisse ses doigts dans mes cheveux. Il m’embrasse sur la joue puis luge jusqu’au creux de mon désert. Au bout de la descente, il mord un peu la poussière ; ma peau à l’allure de sable.

Pas tamisée ma peau, non plus ma pudeur.

Parfois, je le repousse, souvent je le laisse.

Y faire quelques châteaux humides.

Je ne sais pas très bien si c’est pour mon plaisir ou pour le sien. Un peu des deux, je pense. Lorsque je dis arrête, il insiste quand même, il continue comme si de rien. C’est alors que les autres sortent de l’ombre, ils appuient ma résistance, ne comprennent plus qu’il frôle encore mon visage.

*

Je suis en retard, la cloche a sonné depuis cinq ou dix minutes. Ça ne me ressemble pas, je crois que c’est la première fois d’ailleurs. Nous étions aux toilettes, devant l’miroir au-dessus du lavabo ; j’ai voulu qu’elle me coiffe à sa manière, j’ai voulu une métamorphose. J’ai mouillé mes cheveux, elle les a démêlés puis rassemblés en arrière en tirant fort. Elle a ensuite appliqué sa marque fétiche de gel coiffant. Plus aucune mèche derrière laquelle enfouir son regard. Plus de barrières, plus de frontières, plus d’œillères. J’ai l’horizon vacant et un futur d’ambiance sculpté par les coulures d’une lumière basse. L’automne en déclinaison.

Mes boucles sont charbonneuses tandis qu’elle est soleil, fraîcheur aux vrilles blondes domptées par un slogan qui tient ses promesses : fixation longue tenue.

En ouvrant la porte, on assure qu'on est désolées et ça passe mieux parce que je fais partie du cortège. De toute manière, on n’a rien raté. Ils ont juste eu le temps de : jeter les chewing-gums, essuyer le tableau, sortir les livres, trousses, cahiers, lunettes. J’ai ouvert le livre d’anglais à la bonne page grâce à la feuille de brouillon qui y somnolait, l’ai révisée furtivement… Comme personne d’autre n’avait l’air emballé, j’ai dit oui pour la lecture, s’ensuivirent les réponses à ces questions relatives au texte... Ainsi, le brouillon fut acclamé, le retard oublié et ma petite dose de culpabilité remise au placard pour une autre occasion.

 

Image : Photographie d’un essai au trapèze volant - frenchgirlinlondon.com.

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Rédigé par L.

Publié dans #Récit (1)

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Publié le 19 Novembre 2012

Rédigé par L.

Publié dans #Playperso

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Publié le 9 Novembre 2012

 
 

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 12/04/11

Dans le ventre, tu as le sang de ton pays, et dans ton désir tu as encore la pourpre qui gêne. Je pense aux mille Julia, Soemia, Moesa, Domnia, et celles dont le nom n'est pas sorti du prénom, est resté dans la grande ombre du prénom. Je pense à leurs amants aux cuisses mutilées. Le sacrifice au plaisir présent, c'est le plaisir à venir, c'est le don de tous ces sexes qui fondaient dans la Rome décadente de l'après-christianisme. Tous les jours, dans les rues, le vin se mélangeait aux crimes de la veille, les animait, les nourrissait, et l'on ne distinguait plus dans son verre le vin du sang, et il arrivait qu'une aorte se vide dans la gorge d'un corbeau titubant. Je suis un caprice, un délire, et un scandale. Tout ce qui est le genre de la mesure ne permet pas de me contenter, de me contenir, de me résorber dans le séisme de ses signes, de ses symboles et de ses croix dont elles font un chemin. Sous tes pas fragiles, sous le poids d'un hymen qui voile encore les cheveux et la harpe de la joie qui se tient dans le prurit abdominal. Du ventre démangé sous les morsures invisibles des poux du temps qui attend. Les cuisses des filles sont fragiles, elles tracent parfois jusque vingt ans des signes innocents dans le quartz et la poussière, et dans ces marques dans le sable c'est le visage de Dieu qui apparaît. Le visage de Dieu qui se révèle sous le martèlement des vitesses, sous le rythme du corps sélénite qui réfléchit la lueur des matières. Dieu, sous ton geste vierge, sous ta robe vestale, dans ta nudité inaltérée de mains, de vices, de crimes, où dessous des intentions se sont faites des nuits, des tombes et des aîtres, où tu boites parfois dans la peur des mains calleuses.

Jonathan

 

 

 

 

13/04/11

 

À une poignée d’homme j’ai offert mon cœur. Mon corps c’est une autre histoire ; je suis bizarre, pour faire mon cœur s’exiler, il me faut l’ivresse des images, ils étaient poète, photographe, réalisateur.
Pour délivrer mon corps, il faut que leur âme m’atteigne plus en profondeur. Pas d’amour en mon ventre sans que je ne sois engloutie sous cette force nitestcente. Ici, une fille a dit un jour à un ami : je m’aime à trois heures du matin. J’explore aussi mon corps, j’en écoute les failles et en reconnaît les éclosions. Le plaisir danse sous mes draps nébuleux, et je suis libre. Et je suis seule heureuse.
Cependant, par moments il est vrai que je manque d’une bouche. Il est des soirs où, comme la rosée, je rêve de baisers crépusculaires, de baisers lunaires, de pénétrer et de quitter des ambiances contrastées les lèvres toujours cousues, noir sur gris, au même sourire… envahissant.

Il y a quelques mois, j’ai commencé à aimer quelqu’un et puis finalement j’ai abandonné. On écrivait une histoire ensemble, par fragments, comme des confettis jetés de part et d'autre de la
Méditerranée.

L.

 

Image : Photographie – Bernard Plossu.

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Rédigé par L.

Publié dans #Fragments

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