Publié le 13 Juin 2012

Rédigé par L.

Publié dans #Playperso

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Publié le 12 Juin 2012

Reflets-dans-un-oeil-d-homme-Huston

« Chaque femme pourrait écrire l’histoire de son rapport à la beauté, analyser la place qu’a occupée dans sa vie son apparence physique. Ayant moi-même été, dans ma jeunesse, non une grande beauté mais une femme plus que moyennement mignonne, mon corps a été scruté, détaillé, jaugé, jugé et commenté par des milliers d’hommes inconnus un peu partout dans le monde, et ceci, de façon tantôt sympathique et tantôt antipathique. Jeune, je réagissais à ce phénomène avec fureur et indignation. Même quand je n’étais pas personnellement impliquée

– quand je voyais, par exemple, une affiche de film ou une couverture de magazine montrant plusieurs hommes “matant” une femme nue ou quasi nue –, la rage féministe m’étranglait. Il m’a fallu longtemps pour admettre, ou plutôt pour me rappeler, qu’existe

aussi chez les femmes le désir d’être “matée”. (Fait paradoxal, j’y reviendrai : les femmes sont plus passives dans le discours féministe que dans la réalité.)

     Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, deux événements ont infléchi la destinée des femmes en Occident de manière radicale et en sens contraire : l’invention de la photographie, et le féminisme. Les effets existentiels sur notre vie de ce double mouvement sont tantôt cocasses, tantôt sordides voire tragiques. Aucune société humaine, sans doute, ne s’est trouvée empêtrée dans une contradiction aussi inextricable que la nôtre, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant follement à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

     Nous montrons du doigt les femmes qui se couvrent les cheveux ; nous, on préfère se bander les yeux. »

Reflets dans un œil d’homme – Nancy Huston

 

Actes Sud LittératureDomaine français.

Mai, 2012. Genre Essais, Documents


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Rédigé par L.

Publié dans #Des livres plein les mains

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Publié le 11 Juin 2012

meningocoque1-coloration-bleu-de-methylene

Neisseria meningitidis. Coloration de bleu de méthylène (Gr X1000)


En une fraîche matinée de décembre, on entre dans le laboratoire de microbiologie pour la première fois, émergeant de la banalité ambiante, seules les couleurs m’interpellent. Elles sont partout. Bien sages dans leurs bouteilles, plus turbulentes dégoulinant des paillasses, débordant des éviers, sur les doigts des autres, déjà sortis…

Dans une rêverie qui me fait échapper quelques instants aux étapes de la « manipulation du jour », j’imagine tous les confrères prendre les flacons de colorants et éclabousser les blouses blanches environnantes : choisissez votre partenaire, vous avez à votre disposition du bleu de méthylène, du violet gentiane, un jaune brunâtre solution d'iodure de potassium iodée, et enfin de l’alcool à 95 ° pour diluer vos couleurs. S’esclaffant de toute part, ils enclenchèrent les hostilités créatives, les toiles humaines peintes s’affairaient elles-mêmes, donnant vie à d’autres chefs-d'œuvre mobiles. Il y en avait pour tous les goûts, une hégémonie de Pollock voire même de Kandinsky marquait l’atmosphère, d’autres plus sombres frôlant le Soutine !?

Quoi qu’il en soit, il fallut mettre fin au cours pratique d’art moderne, et passer à d’autres pratiques. Adieu — que dis-je au revoir — fantasmagorie.

Alors que ma partenaire et moi, effarées par les têtes agacées des « artistes » du premier groupe, avions prédit un majestueux ennui ; a posteriori réjouies, nous avons eu droit à des rebondissements. La nonchalance fut certes au rendez-vous en première période, mais il y eut un événement perturbateur, plutôt animateur. Notre pauvre lame tomba dans l’évier en cours de coloration, l’étape de rinçage se transforma en étape de salissure, étant donné que le bac en faïence, dans l’impossibilité de vidanger son contenu, emmagasinait un des plus extravagants mélanges de réactifs, colorants de toute sorte, décolorants…

Oh mon Dieu, que faire !? Vite, la pince, essayons de la sortir, l’eau était rougeâtre avec des reflets bleuâtres, excusez-moi je poétise, on n’y voyait finalement que du noir !
Dans un élan de sagacité :

— Prends la pince, vite ! Essayons de la retrouver.
— Repêcher tu veux dire ?
— Oui c’est cela.

Après un fou rire synchronisé, qui en se prolongeant dans une rythmique entraînante a servi de musique à ladite opération. Dans les profondeurs de ces eaux troubles, la pince ne trouvait rien. Et nos yeux ne trouvaient que nos yeux qui se lançaient des rires à la figure, comme si la conjoncture n’était pas assez burlesque.
Nous pataugions, et tous les efforts fournis avec l’ustensile n’aboutissaient point. En haut, en bas, à gauche à droite, sur les bords et les rebords rien du pareil au kif kif, une vague de walou très stressante.

— On patauge.
— Où est-ce que ce rectangle de verre a-t-il bien pu se cacher ?

Un hochement de la tête signifiait qu’il fallait alerter d’un commun accord les autorités supérieures. Nous avons décidé d’adresser une requête au chef d’orchestre de ce charivari, mais la tentative fut vaine.

— Je ne puis rien faire pour vous.

Dans les situations extrêmes, on se doit d’employer les moyens extrêmes.

— Tu as une idée ?
— Non, non pas pour le moment.

— Sérieux, on fait quoi ?
— Bah, on la cherche.

— Encore !?
— Une ultime recherche, et on abandonne.

— C’est bon, je sais.
— Ah oui, génial ! Quoi ?

— On dévisse, on ouvre par en bas, on vide, et… ben on la récupère.
— Il s’agit bel et bien d’un sympathique Trafalgar, mais nous n’allons tout de même pas nous inventer une vocation. Tu crois que depuis que tu as vu le plombier d’Ally Mc Beal réparer son évier, tu pourras en faire autant ?

— Oui, tu as raison, essayons autre chose.
— Si la pince n’y arrive pas, la main y arrivera.

Sincèrement chère amie, je ne te savais pas si héroïque. Et, plongeant, la main au fond du goudron aqueux, à plusieurs reprises, elle sortit avec un énorme sourire aux lèvres, notre infortuné frottis.

— À quelle étape étions-nous ?
— Au rinçage.

— Qu’y a-t-il ensuite ?
— Le 2e colorant, la Fushine pendant 15 à 20 secondes.

— As-tu chronométré, le temps que notre chère amie a mis dans son jacuzzi ?
— Eh bien, entre 5 et 10 min.

— Ahum, quelle fourchette !
— Continuons.

— Tu as raison, il serait temps d’avoir le verdict.

Quelques secondes plus tard, rinçage et séchage ayant cette fois-ci été accomplis « comme il faut » ; une question se posait, où est la partie supérieure et où est la partie inférieure ?

— On tire à pile ou face !
— Très drôle.
Tirer une lame de verre à pile ou face était une expérience unique en son genre. Nous avons finalement réussi à observer nos bactéries Gram négatif. Tes mains restèrent colorées bien longtemps, j’ai pu aussi voir tes vraies couleurs, mon héroïne.

— Je suis vraiment désolée, plus de rêverie, promis : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». (François RABELAIS)

« Il appelle sciences et arts la puissance qu'il a de donner à ses fantasmagories une précision, une durée, une consistance et jusqu'à une rigueur dont il est lui-même étonné ; accablé quelquefois ! » (VALÉRY)

 

Alger

Fac centrale — décembre 2006

 


Crédit image : http://examens-directs.over-blog.com/

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Rédigé par L.

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Publié le 10 Juin 2012

Être loin de toi c’est mieux te ressentir. J’ai de la fièvre et tu es le seul habitant de mes délires.

Je ne sais pas combien de temps cela durera.


Une avalanche de souvenirs me surprend. Je frise la démence.


Je revois Jeanne Moreau dans le noir de Paris qui cherche son Julien de bar en bar. Elle vagabonde sur la musique de Miles Davis. Elle murmure son nom, elle se regarde dans les vitrines et se fait peur. Ce que c’est abominable cet effroi de l’abandon calqué sur un visage !


Dans l’embrasure de la porte, un chaton guette. Il miaule son malheur et moi je ne peux pas rester indifférente. Il a dormi tout contre moi. J’étais la détachée, je deviens l’aimante. Tu m’altères.


J’ai toujours eu le fantasme d’un amant lunaire, mais il n’avait pas ta magie, tes pouvoirs. Je suis si fragile à tes côtés que reviennent mes nuits nostalgiques.


À Alger l’amour n’a pas le droit de se montrer. 

On aime en cachette des parents. On s’embrasse en voiture lorsqu’on roule loin du monde. Nos envies, on les confine, on les retarde pour les prochains instants volés.

Nous aimons à huit clos, dans des cercles fermés. Nous aimons par-dessus les interdits.


À tes côtés je redeviens la dérangée créative. T’écrire ma vie à distance c’est ma preuve suprême d’amour.


Tu es ma cachette du moment.


Tu es ma seule fortune.  

 

 

Alger — été 2010

 

 

 


 

 

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Rédigé par L.

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Publié le 8 Juin 2012

train-fenetre-originale-source-www.tailleurdimages.fr 

 

Le train


Gare. Le train s’en file, porté par les voix des morts. Traverse la très-ancienne plaine avec à bord un caillou noir qui vibre avec le grondement des machines, résonne avec les plaintes des profondeurs.

Les boiseries laquées du compartiment reflètent les lueurs des lampes, je n’aurais jamais dû accompagner R. dans sa fuite, un noir caillou dans mes doigts, un verre de vin tremblant sur la table.

De l’horizon déboule le train, passe devant une ancienne cahute de bois et se perd dans la nuit d’en face, disparaît des yeux du chat qui traverse doucement la voie chaude.


Coléoptères, Pascal Janovjak


Crédit photo : http://www.tailleurdimages.fr/outside/

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Rédigé par L.

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Publié le 7 Juin 2012

 2012

 

Amour


La première voyelle s’agite comme un cri.

              Évadée.

De chaque côté de la passerelle, on avance pour la rattraper.

              Sur un parcours en ligne droite, elle rebondit et se disloque.

      

       Il faut courir, parvenir à en reconnaître les reliefs avant qu’ils ne s’abîment.

En échos blottis derrière l’enceinte d’un organe allégorique.


      L’emporter revient à lamper l’espace entre ton torse et mon corsage.

Succès provisoire qui peut périr dans un bruit sourd.


        L’un de nous étendu sur les planches, une consonne essoufflée au fond de la gorge.

 

2048

 

 


 

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Rédigé par L.

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Publié le 6 Juin 2012

Couverture2

Lui :
Dis.
On tombe amoureux ?

L. :
Ensemble ?

Lui :
Oui.

L. :
C'est une drôle de proposition.

Lui :
Elle ne se pense pas.
Aussitôt qu'elle est pensée. Elle se fane.

L. :
Je suis au seuil de toi, je ne t'aime pas encore.

Lui :
Il y a des mouvements qui surgissent du cœur, de cette immense
déraison que nous avons dans la poitrine.
Qui mouille tous les muscles de son humeur.
Je veux t'embrasser. Parce que je suis fatigué de faire des mots avec
ma bouche.

L. :
Alors fais-le.

Lui :
Tu es loin.
Et mes pensées ne suffisent pas à porter mon étreinte jusqu'à la
pâleur de ton corps.
Je ne suis pas romantique. Je suis brutal. J'insulte tout ce qui est
hors de moi.

L. :
La fille pâle avait quelque chose à voir avec moi ?

Lui :
La fille pâle, c'est toi.
Je te sens pâle.
Parce qu'autour de toi le soleil danse, et il ne fait que danser, il
ne trouve pas où mettre ses doigts muets.

L. :
Je suis au balcon et j'ai froid.

Lui :
C'est facile d'être amoureux avec des mots. Il suffit de les laisser
tomber dans soi.
Je suis dans mon lit et je suis vulgaire.

L. :
Je suis un peu comme toi avec les mots. Je tombe dans mes scénarios.

Lui :
Tu viens en France bientôt que je fasse des indécences avec tes cris ?
J'ai une très belle voix quand je jouis. Parce que c'est une voix
humide. Une voix qui sort par les yeux malheureux. Une voix de buée.
Je suis fatigué de manières.
Je m'en défais. Tu permets.

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Rédigé par L.

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Publié le 5 Juin 2012

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Il y a quelques jours, j’ai découvert « la parabole des porcs-épics », dans la version de Schopenhauer, tenez-vous bien, sur un sujet de français niveau B.E.M. !

Je tenais à partager cette perle avec vous.


« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants ; ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de ça et de là, entre les deux maux, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. [...] Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. »

Arthur Schopenhauer, extrait de Parerga et Paralipomena.

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Rédigé par L.

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Publié le 4 Juin 2012

Rédigé par L.

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Publié le 3 Juin 2012

Comme les écrivains qui me captivent, j’ai cette impression d’avoir grandi trop vite, d’avoir glissé sur l’enfance ou plutôt que l’enfance a glissé sur moi rapidement. Et de là où je suis, du point delta, je regarde mes souvenirs se retirer au large puis revenir parfois vers le rivage, refoulés par un courant de nostalgie.

 

J’ai envie de laisser une trace, de remplir ma boîte noire de tous les accidents de parcours, de passer des heures à construire mes films. Parce que j’ai peur de m’oublier, de devenir au fil des ans étrangère à moi-même ; c’est aussi pour colmater les lézardes de ma vie sur mon corps, pour empêcher leurs ramifications de s’étendre, de me déchirer dans cet horrible crissement de fibres qui succombent à une force extérieure.

 

Je suis en manque de cohésion, j’ai l’impression d’avoir été plusieurs personnages au fil des ans, j’ai l’impression qu’il y a eu une diffusion de moi sur plusieurs visages, comme un étalement substantifique, de sorte qu’aujourd’hui je ne sais pas qui je suis. Écrire serait un moyen détourné de retrouver ma trace, mais c’est aussi le risque de me perdre à nouveau.

 

C’est de là que naissent mes freins, de tout ce qu’implique l’acte d’écriture, je le perçois comme un acte sanglant, une saignée expiatrice, dans l’espérance d’une délivrance temporaire à défaut de guérison. Je me vois parfois comme une ampoule à décanter, les moments les plus intenses se sont réfugiés au bas de mon ventre, au fond, dans la phase la plus dense, alors qu’en surface ne persistent que les inepties, celles qui ne m’aident même pas à me connaître, celles qui collaborent à ma fuite et me servent de camouflage.            

 

La séparation est en cours, et je n’ose pas ouvrir le robinet tant que les deux phases ne seront pas totalement épurées de leur ancienne partenaire. Je refuse de me mettre en danger alors que tout m’inspire, parce que j’ai peur de replonger, j’ai à la fois peur du saut et de l’impact. Il est plus facile d’inventer que de se raconter, lorsqu’on invente on cherche ailleurs, on s’évite consciemment ou non, et on repousse l’exploration sur un autre terrain. L’écriture de l’invention n’en est pas moins éreintante, c’est un travail versatile, une oscillation constante entre ce  qui nous paraît et notre traitement de l’apparence, les rayons réels culminent ainsi sur un miroir déformant et en sortent méconnaissables.

 

L’invention est un phénomène de réfraction produisant un écho, une émanation timide et secrète, c’est un refus de se révéler, c’est un bouclier contrant la dissection verbale.

 

Mon écriture serait peut-être un compagnon d’exil en mal de dilection, un violeur tentaculaire m’aspirant vers ses délires, me contaminant de sa ferveur enfiévrée, s’inspirant du baiser incestueux déposé amèrement sur des lèvres assassines.

 

 

 

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Rédigé par L.

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