Obsession blanche — Lisa.

Publié le 22 Janvier 2013

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Eye-liner liquide noir avec effet brillant, mascara marron, baume à lèvres arôme pamplemousse rose et par-dessus tout le rouge cerise Guerlain n° 2 (antiquité retracée parmi les annales de maman) ; dans le cadre, au centre du cadre, il faut que je me ressemble un peu beaucoup passionnément, avant de le rencontrer.

Dehors, sur le ponton, sous la lumière des candélabres, sur les feuilles affolées des arbres, la rosée piquante du soir conjugue nos amours propres au subjonctif.

Si je rentre vite de ma fuite, il s’en ira faire valser d’autres lolitas sur ces mêmes pavages lactescents barbouillés d’attentes et de conjectures salines.

À chaque fois, ma fierté prend des coups sur le chemin qui me ramène à moi, elle survit mal à sa présence, elle sort de sa chambre toujours les petites voies aériennes collabées. Mais je suis multirécidiviste et c’est aussi irrévocable qu’une transmission congénitale : j’ai hérité de papa le goût du risque, une répugnance pour la facilité, l’amour de l’amour.

Il n’y a pas de mots d’entrée de jeu, juste sa main futée qui glisse sous le décolleté engageant de la petite robe noire. Non plus de mots en cours de route ; il y a seulement des mains qui dégrafent délacent débarrassent, font sauter les verrous et les sécurités partisanes pour que l’envers des mains — sur les rainures de nos phanères étourdies — exécute enfin son ballet confidentiel.

Nos imaginations bien que soutenant des envies disharmonieuses s’attachent toutefois à détourner l’antagonisme, mais les tentatives s’avéreront dérisoires. Nous campons une communion en accordéon de papier : on s’attire jusqu’à se plier et éteindre tous les sons, on se sépare à se déchirer et c’est alors qu’éclot la résonance.

Encore à la fin, il n’y a pas de mots, il y a sa figure hâve ensommeillée qui me congédie, ma progression licencieuse dans ce couloir immaculé comme au milieu du frimas, ma poignée de main loyale à la main courante en acier dont la fraîcheur me débarrassera totalement de ce qu’il subsiste d’envoûtement.

Rédigé par L.

Publié dans #Récit (1)

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magnetix 15/05/2014 09:14

Thanks for sharing this interesting post. I really like the way you described this story. First you told about how you completed makeup and dressings you chose. Then the story turns with describing about your family. You have excellent writing skills. Keep up.