Folles alliées — pour Raise magazine n°07. Hiver 2010.

Publié le 30 Janvier 2013

RAISE07-couverture.

Les infirmiers entrent comme chaque matin avec quatre sourires gigognes et nous tendent à Chiara, Noha, Eléana et moi, un plateau de dragées. Ici, nos journées se ressemblent dans leurs articulations. On nous couche, on nous réveille, on nous surveille. On nous entoure d’indulgence.

Noha parfois se raidit, livrée à ses muscles transgresseurs. Depuis sa douleur camisolée, elle pique un regard de possédé. 

Pendant la douche, les repas et les promenades, je raconte — pour colorer nos heures mornes —, les aventures qui ont animé mes dernières années.  

Combien j’étais radieuse dans ma baby-doll rouge à la table du colonel. Comment il a failli me demander en mariage le surlendemain, juste après les douze appels de l’année nouvelle. Mais que la guerre qui continuait l’en a empêché. Que malgré cela nous nous aimâmes follement. J’étais la seule qu’il appelait quand il avait soif. Je lui apportais ses vodkas et nos brefs échanges étaient fusionnels. Si bien qu’une fois allongée sur mon lit, j’avais l’impression de sentir ses fourreaux d’épaules pousser sur les miennes.

Chiara souvent s’endort sans prévenir. Bien avant que j’aie pu finir. C’est plus fort qu’elle. Ses yeux se replient sous son bonnet. Elle digère mal les bonbons bleus qui lui montent à la tête et poussent en nébuleuse. Coussin improbable.

Et quand je suis allée voir les Hairy eyes en concert. Une place au premier rang. Et ma rencontre avec Jim, le chanteur leader de la bande. Durant toute la soirée, il n’avait d’yeux que pour moi. Il m’annonça le surlendemain qu’il partait en tournée en me demandant de le suivre.

Eléana entame ses vocalises à l’aube, jamais sans sa coiffe. Elle dilate mes robes puis les abandonne. Se justifie d’un « c’est cela être la diva d’un modern opera ! »

Mon nouvel homme me convoque à son bureau si je lui manque. Il aime m’écouter. Lèvres cousues et regard savoureux. Quand il griffonne sur son calepin, le coin droit de sa bouche vibre. Je sais qu’il cherche de bonnes rimes pour me plaire ; face à lui je deviens muse alanguie. Aujourd’hui, je décide de prendre sa main et lui propose une balade derrière les ombellifères. Mais affligé il se libère prématurément et avance cinglant : vous êtes érotomane voyons, je ne suis qu’un transfert !

 

-           Récit accompagnant les photographies de Madame Peripetie.

 

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Rédigé par L.

Publié dans #Des histoires

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