La formule magique

Publié le 11 Octobre 2014

En réalité, on roule vers nowhere, rien que pour le plaisir d'avaler des kilomètres, pour échapper à la mentalité répugnante de cette ville captative, qui ne pense qu'à t'attraper, te fixer, t'encercler ; en bref, suspendre ton mouvement pour mieux t'engloutir. Là, à toute allure, sur la route de la plage, avec les cheveux libérés dans la brise tiède de juin et qui dansent en rythme de part et d'autre de la bagnole, on a de visu dans le rétro la bande déroulée du temps, et pour le coup, elle est montée des fragments d'un présent authentiquement choisi.

Ce sérieux contentement produit l'effet d'un sédatif qui se distillerait en nous à petites doses. On a plus mal nulle part. Nowhere.

Je plane et R. devient flou.
Je fuis un baiser scénarisé. Je donne le dos à l'image de ses lèvres qui rêvent de se poser sur les miennes, mais qui manquent de courage. Je décide d'ignorer cette certitude et avec toutes les bifurcations du chagrin qui n'a de cesse de s'étendre en lui.

Je renonce à l'écoute de sa complainte secrète. C'est comme si je m'offrais une parenthèse et qu'à l'intérieur je me moquais de sa faiblesse. Je me confisque l'empathie que j'ai pour lui. Je fais une pause, l'amour reste au seuil de la parenthèse, il gratte sur la porte comme un chaton candide qui espère retrouver un peu de chaleur tandis que j'apprends à dire non, pas maintenant.

Photographie : Nadj Marko

Photographie : Nadj Marko

Rédigé par L.

Publié dans #Récit (1)

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