recit (1)

Publié le 16 Février 2011

La plage est vide. C’est un peu normal, nous sommes en mars et l’eau n’est pas tout à fait prête à accueillir par flopées d’intrigants baigneurs  pour notre plus grand bonheur , même si la chaleur s’avance déjà par des prolongements de soleil assommants.

La plage est vide et nous en faisons notre lieu d’épanchement, de délivrance. Nous pénétrons à deux le bleu céruléen, l’immensité nous fait face et nous nous baignons dans le philtre-même de notre baptême. C’est ici que pour la première fois nous nous sommes embrassées il y a trois mois. Un jour de janvier. Un jour d’anniversaire. Le mien. Je lui faisais les yeux du poisson qui aurait aimé être accroché par son hameçon. J’étais paraît-il l’aubaine à ne pas laisser passer. Elle a été mon cadeau. J’étais la pauvre idiote nourrie d’espoirs troublants. Elle devant la mer m’entourait de ses bras. J’avais enfin pu effacer le souvenir de l’absence. C’était comme une revanche sur ma déveine.

Je vais mieux depuis il me semble. Avant j’étais un peu capricieuse, susceptible. Impossible à retenir. Rêveuse et paresseuse puisqu’à l’évidence ça va de pair.

Dans le corbillard qui avançait sans but précis j’étais la fille du fond, travestie dans l’écriture, vivotant dans la marge du réel. Les idées roulées en fibres inséparables.

 

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Rédigé par Blue.

Publié dans #Récit (1)

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Publié le 12 Février 2011

 

Il est revenu de son voyage. Mon fennec sort lorsque le jour s’enlise ; le soir venu, ses oreilles s’étalent en satellites. Se réveillent. Il a les oreilles plus grandes que tout, à elles réunies plus grandes que sa tête. Le fennec cherche un bout de ciel à ramener dans son terrier. Il me veut pour assaisonner sa nuit. Le fennec est un homme d’opportunités.

Je vais à sa rencontre après que maman ait avalé sa verveine dans laquelle j’ai noyé une pincée de bromazépam. Avec ça, c’est même pas la peine de sortir sur la pointe des pieds. Je porte un imperméable bleu foncé qui a une capuche et dont je me recouvre pour éviter d’être reconnue, sait-on jamais. Il commence par m’ouvrir la porte de sa 2CV.  Puis nos lèvres se saluent, ma main gauche rejoint sa main droite sur le levier de vitesse. Première tendresse. Première.

Voilà notre carrosse à la couleur des citrouilles qui se trémousse sur les reliefs de la ville, s’engage dans ses descentes démesurées et tortueuses. Fractales dégénérées. Encore accrochés aux sommets, on admire la mer qui disperse ses incantations. Elle est surprenante.

La mer fait sa déesse. Rehaussée de jeux de lumière lunaires, elle se croit exceptionnelle. Le pire c’est qu’elle a raison. La mer et son amant bleu constant sont les antidépresseurs de 35 millions d’habitants. Dieu fait les choses fabuleusement. Il ne lâche jamais un peuple dans la pagaille sans compensations.

Boulevard Che Guevara, minuit. Quelques papillons de nuit affriolés tournent autour des lampadaires. Les bancs sont désertés de ce côté-là, à cause de la bruine et du bruit des vagues conquérantes qui se disputent le sommeil fragile de l’infortuné vagabond.

Il stationne, passe devant les phares fatigués du carrosse. Ils lui surlignent la chair fripée sous les yeux, mais flattent sa carrure dans ce cardigan à la mode. Il m’ouvre la portière, je descends. Je suis reine de ma nuit. Je me promène, les cheveux éparpillés au vent et mes pas se répercutent à peine sur les motifs quelconques du balcon sans fin d’un littoral jalousé et triste. Je suis légère, parée pour l’envol. Il me suit, à pas ordonnés, lents. Sa marche est une prophylaxie, une marque de respect à mon désir de distance. C’est seulement lorsque je m’assieds sur la balustrade qu’il accourt. Par précaution, de peur qu’une divagation poétique — transportée par l’écume — n’arrive et ne me renverse.

Je l’intéresse beaucoup, je le sais ; et c’est parce qu’il me sait encore seulement en surface. Il voit comme tout le monde ce teint caramel, ces yeux acides qui font renoncer les demeurés non suicidaires à répandre leur bagout dans mon espace vital. Il ne voit que ça pour l’instant et ose imaginer le reste. Il ose m’espérer carrée sur le transat de sa mélancolie. Une fille à prendre, à apprendre, à désapprendre, mais à ne pas abandonner, se dit-il certainement. À ne pas abandonner avant d’avoir pris toutes les photographies possibles. Ou peut-être est-ce la couleur et l’odeur de mon sang qui l’intéressent ? Après tout, peut-être que c’est un homme ordinaire qui ne vise que sous ma jupe à travers les minitrous de la broderie anglaise. Comme tous.

Combien pèse un hymen dans leurs regards affûtés ? Quelques microgrammes. Moins lourd que l’envie de le dépenser. À mes yeux, des démêlés houleuses sous le capot, enfin… mon crâne. Et l’annonce de la délibération se fait à chaque fois sur un pincement de lèvre inférieure par la pointe d’une canine masochiste.

Pourtant, je sais caresser, je sais embrasser, je sais convoquer des ambitions impénitentes. Seulement, je ne le fais qu’en secret, en solo, avec lui, sur les photos. Répétitions rigoureuses en vue du grand spectacle, gloussements de sirène devant la rivière de Narcisse.

Le fennec se fâche lorsque je doute ouvertement de son originalité. Les jours ne sont pas pareils, comment voudrais-tu que les hommes soient les mêmes ? me lance-t-il. Oui… si ça se trouve, il est pire que pas différent : c’est un psychopathe qui, derrière l’objectif, marmonne entre ses babines fourbes que je suis « sa petite vierge insupportable » et qu’il me préférerait dans un bouge reculé allongée sur le ventre en déshabillé rouge, les jambes occupées à réorganiser la poussière ambiante d’un balancement aimable façon pin-up des 60’s.

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Rédigé par Nuit bleue

Publié dans #Récit (1)

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