journal

Publié le 17 Juin 2012

Hier, j’ai eu envie de lui dire : « Je t’aime sur la bouche, et je ne sais pas trop depuis quand ». Mais j’ai eu peur. Peur qu’il ne se transforme en amphibien. Me prenne par les chevilles, m’attire dans l’eau. Trouble de son désarroi.

L’amour se nourrit de mystère, croît dans l’ombre ; tout comme les plantes chlorophylliennes avalent du CO2 et bronzent pour pousser, mon amour grandit dans le sous-bois de ses vocables enchevêtrés.

 De ses valses nocturnes toutes décaties. Qui s’éteignent au matin contre la joue caressante de biscuits mous aux brisures de chocolat.

 

*

 

Je crois qu’au creux de nous, quelqu’un est mort.

L’indifférence licorneuse s’est enfuie virevoltante.

Avant. Elle a sifflé avec inélégance toutes les liqueurs acidulées entreposées sur le podium de mes défaites.

Petite furie ! Elle a fait de mes échecs des babioles à engloutir.

 

Et puis elle m’a balancé du sable dans les yeux pour que je ne la voie pas partir.

 

 

 


 

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 11 Juin 2012

meningocoque1-coloration-bleu-de-methylene

Neisseria meningitidis. Coloration de bleu de méthylène (Gr X1000)


En une fraîche matinée de décembre, on entre dans le laboratoire de microbiologie pour la première fois, émergeant de la banalité ambiante, seules les couleurs m’interpellent. Elles sont partout. Bien sages dans leurs bouteilles, plus turbulentes dégoulinant des paillasses, débordant des éviers, sur les doigts des autres, déjà sortis…

Dans une rêverie qui me fait échapper quelques instants aux étapes de la « manipulation du jour », j’imagine tous les confrères prendre les flacons de colorants et éclabousser les blouses blanches environnantes : choisissez votre partenaire, vous avez à votre disposition du bleu de méthylène, du violet gentiane, un jaune brunâtre solution d'iodure de potassium iodée, et enfin de l’alcool à 95 ° pour diluer vos couleurs. S’esclaffant de toute part, ils enclenchèrent les hostilités créatives, les toiles humaines peintes s’affairaient elles-mêmes, donnant vie à d’autres chefs-d'œuvre mobiles. Il y en avait pour tous les goûts, une hégémonie de Pollock voire même de Kandinsky marquait l’atmosphère, d’autres plus sombres frôlant le Soutine !?

Quoi qu’il en soit, il fallut mettre fin au cours pratique d’art moderne, et passer à d’autres pratiques. Adieu — que dis-je au revoir — fantasmagorie.

Alors que ma partenaire et moi, effarées par les têtes agacées des « artistes » du premier groupe, avions prédit un majestueux ennui ; a posteriori réjouies, nous avons eu droit à des rebondissements. La nonchalance fut certes au rendez-vous en première période, mais il y eut un événement perturbateur, plutôt animateur. Notre pauvre lame tomba dans l’évier en cours de coloration, l’étape de rinçage se transforma en étape de salissure, étant donné que le bac en faïence, dans l’impossibilité de vidanger son contenu, emmagasinait un des plus extravagants mélanges de réactifs, colorants de toute sorte, décolorants…

Oh mon Dieu, que faire !? Vite, la pince, essayons de la sortir, l’eau était rougeâtre avec des reflets bleuâtres, excusez-moi je poétise, on n’y voyait finalement que du noir !
Dans un élan de sagacité :

— Prends la pince, vite ! Essayons de la retrouver.
— Repêcher tu veux dire ?
— Oui c’est cela.

Après un fou rire synchronisé, qui en se prolongeant dans une rythmique entraînante a servi de musique à ladite opération. Dans les profondeurs de ces eaux troubles, la pince ne trouvait rien. Et nos yeux ne trouvaient que nos yeux qui se lançaient des rires à la figure, comme si la conjoncture n’était pas assez burlesque.
Nous pataugions, et tous les efforts fournis avec l’ustensile n’aboutissaient point. En haut, en bas, à gauche à droite, sur les bords et les rebords rien du pareil au kif kif, une vague de walou très stressante.

— On patauge.
— Où est-ce que ce rectangle de verre a-t-il bien pu se cacher ?

Un hochement de la tête signifiait qu’il fallait alerter d’un commun accord les autorités supérieures. Nous avons décidé d’adresser une requête au chef d’orchestre de ce charivari, mais la tentative fut vaine.

— Je ne puis rien faire pour vous.

Dans les situations extrêmes, on se doit d’employer les moyens extrêmes.

— Tu as une idée ?
— Non, non pas pour le moment.

— Sérieux, on fait quoi ?
— Bah, on la cherche.

— Encore !?
— Une ultime recherche, et on abandonne.

— C’est bon, je sais.
— Ah oui, génial ! Quoi ?

— On dévisse, on ouvre par en bas, on vide, et… ben on la récupère.
— Il s’agit bel et bien d’un sympathique Trafalgar, mais nous n’allons tout de même pas nous inventer une vocation. Tu crois que depuis que tu as vu le plombier d’Ally Mc Beal réparer son évier, tu pourras en faire autant ?

— Oui, tu as raison, essayons autre chose.
— Si la pince n’y arrive pas, la main y arrivera.

Sincèrement chère amie, je ne te savais pas si héroïque. Et, plongeant, la main au fond du goudron aqueux, à plusieurs reprises, elle sortit avec un énorme sourire aux lèvres, notre infortuné frottis.

— À quelle étape étions-nous ?
— Au rinçage.

— Qu’y a-t-il ensuite ?
— Le 2e colorant, la Fushine pendant 15 à 20 secondes.

— As-tu chronométré, le temps que notre chère amie a mis dans son jacuzzi ?
— Eh bien, entre 5 et 10 min.

— Ahum, quelle fourchette !
— Continuons.

— Tu as raison, il serait temps d’avoir le verdict.

Quelques secondes plus tard, rinçage et séchage ayant cette fois-ci été accomplis « comme il faut » ; une question se posait, où est la partie supérieure et où est la partie inférieure ?

— On tire à pile ou face !
— Très drôle.
Tirer une lame de verre à pile ou face était une expérience unique en son genre. Nous avons finalement réussi à observer nos bactéries Gram négatif. Tes mains restèrent colorées bien longtemps, j’ai pu aussi voir tes vraies couleurs, mon héroïne.

— Je suis vraiment désolée, plus de rêverie, promis : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». (François RABELAIS)

« Il appelle sciences et arts la puissance qu'il a de donner à ses fantasmagories une précision, une durée, une consistance et jusqu'à une rigueur dont il est lui-même étonné ; accablé quelquefois ! » (VALÉRY)

 

Alger

Fac centrale — décembre 2006

 


Crédit image : http://examens-directs.over-blog.com/

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 6 Juin 2012

Couverture2

Lui :
Dis.
On tombe amoureux ?

L. :
Ensemble ?

Lui :
Oui.

L. :
C'est une drôle de proposition.

Lui :
Elle ne se pense pas.
Aussitôt qu'elle est pensée. Elle se fane.

L. :
Je suis au seuil de toi, je ne t'aime pas encore.

Lui :
Il y a des mouvements qui surgissent du cœur, de cette immense
déraison que nous avons dans la poitrine.
Qui mouille tous les muscles de son humeur.
Je veux t'embrasser. Parce que je suis fatigué de faire des mots avec
ma bouche.

L. :
Alors fais-le.

Lui :
Tu es loin.
Et mes pensées ne suffisent pas à porter mon étreinte jusqu'à la
pâleur de ton corps.
Je ne suis pas romantique. Je suis brutal. J'insulte tout ce qui est
hors de moi.

L. :
La fille pâle avait quelque chose à voir avec moi ?

Lui :
La fille pâle, c'est toi.
Je te sens pâle.
Parce qu'autour de toi le soleil danse, et il ne fait que danser, il
ne trouve pas où mettre ses doigts muets.

L. :
Je suis au balcon et j'ai froid.

Lui :
C'est facile d'être amoureux avec des mots. Il suffit de les laisser
tomber dans soi.
Je suis dans mon lit et je suis vulgaire.

L. :
Je suis un peu comme toi avec les mots. Je tombe dans mes scénarios.

Lui :
Tu viens en France bientôt que je fasse des indécences avec tes cris ?
J'ai une très belle voix quand je jouis. Parce que c'est une voix
humide. Une voix qui sort par les yeux malheureux. Une voix de buée.
Je suis fatigué de manières.
Je m'en défais. Tu permets.

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 5 Juin 2012

250px-IndPorcupine.jpg

Il y a quelques jours, j’ai découvert « la parabole des porcs-épics », dans la version de Schopenhauer, tenez-vous bien, sur un sujet de français niveau B.E.M. !

Je tenais à partager cette perle avec vous.


« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants ; ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de ça et de là, entre les deux maux, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. [...] Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. »

Arthur Schopenhauer, extrait de Parerga et Paralipomena.

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 27 Mai 2012

Sept mois que nous ne nous étions pas vus. Le café sur la colline est déserté à l’extérieur. Le soleil tape trop fort à cette heure-ci, tant pis, on déplacera les tables et on trouvera de l’ombre à défaut de parasols. Paraît qu’ils en ont pas parce qu’ils s’envolent, de là.


Sept mois et peu importe, c’était comme avant. On a parlé de tout, de la vie qui était devenue pour nous un peu plus tortueuse depuis qu’il nous avait quittées, du jour de l’obtention du visa, de Barcelone, des longues virées sur le bitume européen, du sud de la France, de liberté, de Tamanrasset, du cinéma d’Almodóvar, de Dalida. Après, il y a eu la longue descente zigzagante bordée de roches et d’arbres perchés, le vent frais et artificiel qui nous faisait oublier la saison, les rythmes frénétiques de maxima radio, la voix envoûtante de Hasna, les textes mélancoliques de Mary Trini ; alors on a senti à quel point c’était magique de pouvoir ouvrir comme ça une parenthèse bien molletonnée et sortir du monde « réel », oublier les prises de tête avec les employés, les galères avec les fournisseurs, les chiffres d’affaires qui jouent au grand huit avec tes nerfs, les jours qui restent et si tu boucleras ton mois, le nombre de zéros d’écart entre la réalité et tes espérances, la hantise de signer des chèques sans provision.


Ce soir, c’est la soirée de clôture de Cannes 2012, et j’ai bien envie de rouvrir une petite parenthèse, un paquet de bimos à la main histoire de voir comment seront les robes, les coiffures, les sourires et les discours. Qui aura la palme, et si moi j’aurai trouvé mon Graal : l’agglomérat de grains de sel engourdi dans l’une des galettes dorées.

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 14 Juillet 2011

Je suis absente et je m'en veux.

 

Depuis Paris je n'ai pas pu trop me connecter et puis j'ai perdu toute notion de temps.

 

Je tenais cependant à partager un texte que j'avais écrit à partir d'une série photographique de Fabien Gaudichau.

 

>> link <<

 

De nos échanges pourrait naître une collaboration texte/image plus étoffée.

A suivre donc...

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 1 Juin 2011

Il m’a demandé de lui raconter, je n’ai pas su dire non parce que c’était lui. Sur le coup je répondais aux questions, je m’évertuais à retransmettre les images mémorielles en les détachant lentement de la matière affective. Après, je n’ai pas réussi à m’en défaire, tous ces souvenirs remontés à la surface, ça faisait longtemps que je n’avais pas pleuré mon père.

Je lui ai dit que je n’aimais pas parler de mon passé, que je ne voulais pas que les gens s’étonnent, encore moins qu’ils s’extasient, que je n’avais pas envie d’être une « curiosité ». Un personnage anonyme finalement, comme dans une coupure de presse un peu sanglante, un peu triste. Un fait divers.

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 22 Mai 2011

C’est peut-être grâce à lui que je m’y remets.

J’avais envie de faire des sorbets et le ciel est devenu gris, d’un gris mousseux, nébuleux, spongieux.

De gros volumes de fumée se sont faufilés par les petits trous de la mousse, ça a fait comme un brouillard. De mon balcon, derrière les roses, je ne distingue désormais que des silhouettes troubles et ce n’est pas plus mal.

Les tragédies me rendent austère. Les grands petits drames de la vie me font moins aimer le monde. Les gens. Pas d’énergie pour gérer une nouvelle saison d’apparitions, pas le moral à sourire à de frais intervenants.

Je suis f-o-r-m-a-t-é-e.

J’ai perdu toutes mes sauvegardes, je ne sais pas par où recommencer.

Si seulement je pouvais prendre le wagonnet noir, baratiner ses deux stupides roues blanches, tirer sur les rails sombres, chercher l’erreur, viser le mauvais tronçon, couper, couper, recoller. Comme si les évènements avaient roulé sur bande VHS.

J’ai eu trois mois pour faire le vide et au lieu de ça je suis pleine de doutes et d’amertumes. Je dors mal, je malmène mon corps, je dors en diagonale, je m’abreuve de mélancolie, j’ai les dents qui grincent face au constat. Je me sens comme empêchée de vivre, vissée là, au centre de la jeunesse et sans vis-à-vis.

Et pour ne pas arranger les choses, j’égratigne les heures sur les bords de pages de livres tristes, aux couvertures nouvelle vague dont les personnages regardent Hercule Poirot sous la pluie. Comme moi.

Voir les commentaires

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

Repost0

Publié le 12 Février 2011

 

Reprendre à zéro, j’ai essayé. Pas assez sérieusement. Ca fait partie de moi.

Ca avait commencé très tôt, un matin de 2006.

 

« C’est entre nous. » Parce que j’avais beaucoup écouté Se fendre les joues.

 

Souvenirs. Se souvenir.

 

Voir les commentaires

Rédigé par Nuit bleue

Publié dans #Journal

Repost0