fragments

Publié le 9 Juin 2011

 

Hier, j’ai fait un rêve où il m’avait écrit.


« Je repasse en boucle des images de toi étendue sur ma vie
Je touche du regard la nimbe des anges, la porteuse d'eau qui viendra planter l'amour au creux de mes bras désertiques et j'attends le mirage qui aura raison de moi. »

 

Je lui ai répondu des tréfonds de mon sommeil.


         «  Il était une fois, nous deux
Il était une fois nous deux,
La farandole de tes rires
venue masquer les soupirs
nés des discours qui déchantent

la farandole de tes rires
un jour quitta mon ciel
du feu il resta les cendres

Autour des réverbères, les noctuelles tournent un film muet
Et mes yeux fous de t'avoir perdu, épousent la nuit. »

 

 

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Rédigé par L.

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Publié le 12 Mars 2011

Elle a bu ses mots un matin de jeun.

La capricieuse, l’insatiable lézarde a tremblé sous les caresses de ses paroles résolues. Je crois bien que pareil tressaillement ne l’avait parcourue depuis déjà plusieurs printemps.


Elle a chanté pour lui.


Je fuirai tous les interdits pour consommer encore la beauté anthracite que de jour tu fabriques sous tes eaux douces pour m’ensorceler.


Tu es si différent.

Par quel oracle peux-tu me deviner, me saisir, me cerner ? Par quel miracle ?

Je suis heureuse avec toi.


Mais il faut que tu saches, j’ai célébré des épousailles précoces avec la solitude, c’était un mariage arrangé. Non, pas une abnégation, la preuve, regarde. Dans ce laboratoire j’ai fini par prévoir mon bonheur et mes amours n’ont pas sa dilection.

Comment as-tu eu l’envie de pousser la porte ? Il n’y avait pourtant pas de lumière en dessous. Peut-être était-ce la musique, petite musique en sourdine pas même assez forte pour surmonter les soliloques, le murmure de toute cette eau baladée dans la fragile tuyauterie de l’expérience. Une eau évaporée, distillée, condensée, précipitée, sublimée. Changement d’état qu’ils disent, je crois que l’âme est liquide, et qu’elle subit nos températures. Même dans la métaphore, dessèchement qu’ils disent. Oui, l’âme est liquide. Et toi dans tout ça ? Tu te sens largué aux creux d’une folie aqueuse, comme je te comprends…


Tu me reflètes.

Tu es mon ombre. Ombre fugace.

Sculptant l’éternité dans un bain de candeur.

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Rédigé par L.

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Publié le 20 Février 2011

Il a voulu me retrouver sans attendre. Je crois lui avoir beaucoup manqué. J’étais surprise de le revoir débarquer sans prévenir. J’ai couru me cacher pour le torturer encore un peu. J’ai voulu tester son endurance dans la dernière ligne droite vers nos retrouvailles. Tiendra-t-il ?

C’est un homme de charmes et de chimères, un homme qu’on emporte avec soi. Un homme qui vous manque parce qu’il est introuvable en magasin et que chaque silhouette croisée par ailleurs vous le rappelle.

Je crois l’avoir fait souffrir par mon départ égoïste. Je ne sais plus si je suis prête à être à lui, dévouée. Il y a des jours où je suis un animal rétif et sans concessions possédé par une âme furieuse. Commandée par un besoin d’espace pour explorer sa folie. Il ne pourra pas me suivre partout. Je déplore que les « je t’aime » nous rendent sédentaires. Par peur de se perdre dans la foule de ceux qui n’ont aucune idée de ce qu’on vit, on va plus très loin. On s’embrasse tous les matins, on s’ausculte les jours fériés et on fait l’amour pour meubler les heures d’une existence moribonde où il ne se passe jamais rien en dehors du cocon. Le lit de notre amour, grotesque monticule bordé de défaillances qui nous anesthésie. Ma vie ne s’arrêtera pas l’amour trouvé, qu’il me suive ou s’abstienne de me vouloir. Je ne suis pas ma mère. Encore moins ma grand-mère. Malgré tout ce qu’ils disent je dégrade la filiation. Je cuisine un jour sur deux. L’hiver, il enverra sûrement valser mes soupes froides, mais je pourrais le nourrir d’une avalanche de clafoutis aux pommes si le printemps tarde à venir. Vous croyez que ça ressemble à quoi l’amour en dehors des films ? C’est un  bavardage de grands qui ont la hantise de marcher sur le bord des trottoirs. Ils s’agrippent à une vie qu’ils trouvent trop magique pour la laisser filer par manque de précautions. Des écrans plasma leur gâchent le vis-à-vis et ils n’arrivent pas à voir que leurs désolants efforts sont des couperets déguisés en bannières glorieuses. Si les fils cèdent, ils se transformeront en copeaux asthéniques. Ils auront les enfants une semaine sur deux.

 

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Rédigé par L.

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Publié le 19 Février 2011

J’ai envie d’elle chaque minute. Pour moi c’est une attirance inédite. Je ne me lasse pas de sa présence. Nos matins sont tous calmes et sereins, on ne parle pas au matin, on s’alimente des remous de la veille, de nos petites disputes et de nos grandes réconciliations. Parfois je suis à deux doigts d’abandonner ce qui nous lie et dans un éclair de lucidité je lui crie : bordel je t’aime ! Mais elle ne me laisse pas continuer, elle esquive et c’est à chaque fois la même chose : embrasse-moi et tais-toi. Ça finit sur la terrasse deux flûtes de champ’ après, avec nos spectres en sueur, leurs rires enchevêtrés.


Et puis il y a ces soirs où elle s’en va sans rien dire. Alors, je prends place dans le lit à trois places, je m’y recouvre de sa partie de draps comme un moribond pour déglutir ses dernières saveurs. Je dors seul et rêve de sa peau amande douce, de ses cheveux sur mon épaule. Au fond, je ne la connais pas trop sa vie d’avant. Je sais juste qu’elle a vu toutes les couleurs d’hommes. Que les doux et les gentils étaient toujours pris. Elle a eu droit qu’à la brute et au truand. Elle vit dans des reliques et puis malgré ma présence, par moments, elle sombre.


Je n’étais pas fidèle avant de la rencontrer. Je n’aime toujours pas les promesses, mais je suis incapable de me retrouver ailleurs. Elle m’ancre.


J’ai envie d’elle chaque minute.

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Rédigé par L.

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Publié le 14 Février 2011

      Je parle à l’homme poisson de comment je l’ai trouvé.

Sur le sol brillant et plastique, il y avait trois bandes en couleur, rouge, bleue et la troisième je ne sais plus trop. J’ai suivi leur parcours, et je suis arrivée là, devant votre mur blanc, habillé de mots gris.

Ce soir, je pleure de vous lire. Mais vous vouliez que l’on se tutoie, pardon, je n’y arrive pas.

J’aime vos mots parce qu’ils réveillent la douleur, la défient avec désinvolture, légèreté, ils s’en amusent, s’en délectent, y découpent des confettis pour que le bruit du papier nargue la solitude.

« À force de tourner en rond dans un bocal on doit avoir les idées qui dégénèrent. Dans une boîte c’est pareil, sans la transparence et sans l’arrondi, quoique. »

J’ai lu votre vie un peu comme un livre qu’on ouvre au hasard, pour la beauté du geste, parce que chaque fragment est bouleversant et intemporel. Je m’en veux de parler à qui ne m’entend pas, parfois c’est un manque de présence, et parfois un manque de sensibilité.

Je me confie à l’homme poisson, lui parle de l’autre.

C’est fou, j’ai l’impression de vivre sur une autre planète, mal ancrée, en apesanteur, dans les nuages, candide indifférente à la matérialité de la Terre. 

Il m’a dit : je crains de ne plus croire en la beauté des âmes. À croire que je n’attire que les blasés, ceux qui sirotent leurs désespoirs et rêvent de contingences, la tête posée sur mon ventre. C’est une image. Moi, je rêve d’un mentor et de rien d’autre, je fantasme d’un lien qui transcenderait toutes ces interactions faites de regards prédateurs et de bouches séductrices, menteuses.

Je veux être la muse et l’œuvre d’un homme torturé sur qui j’aurais tous les droits, à qui j’appartiendrais absolument, en demeurant libre.

Je parle à l’homme poisson de comment je le vois.

Lorsque je me perds dans vos billets, j’y vois un petit garçon dont le cœur grossit à force de s’emplir de vie et d’émotions ; un jour il remarque que la masse a trop grandi, qu’il y a même un renflement apparent. Alors, il prend peur, il craint que les Autres devinent la métamorphose, que leurs yeux inquisiteurs lui arrachent son secret dans une giclée d’hémoglobine.

Il court dans les ruelles de la ville, rase les murs, se cachant de la meute. C’est dans les escaliers d’un immeuble en travaux qu’il rencontre une main miraculeuse. Née de la nuée, elle lui essuiera les joues tendrement et lui expliquera d’une voix apaisante comment distiller son encre, comment se libérer enfin du chagrin grandissant d’être né.

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Rédigé par Nuit bleue

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Publié le 9 Octobre 2010

Leila se sent légère dans sa courte jupe blanche, immaculée. Leila s’accroche au sol, marque la cadence, alourdit le pas, car Leila a peur du vent, elle sait que son cœur risque l’envol par tous les temps. Elle danse près de la mort. À la bordure du périphérique, elle embrasse la mort pour mieux tuer l’amour.

À l’aise dans la démesure.


Elle espère, attend, s’engage vers le croisement. Carrefour de tous les possibles.


Son corps se dérobe au tracé droit de la ligne grise.


Le vent soulève sa jupe, pénètre entre la sandale et la peau froide, entre les vides de ses orteils gelés. Aucun coup de feu n’aura bafoué le silence religieux de ce matin endeuillé, pourtant des oiseaux s’enfuient, à toute allure, dans la même direction. Elle a l’impression qu’il l’a regarde, et que son regard les fait partir. Le cri des oiseaux donne de l’élan au cri de son âme, le cri des oiseaux donne de l’élan à son corps qui rêve de voler, aussi.


Au dessus de sa tête, plane une atmosphère sinistre, admirable comme le suicide.


Malgré le départ des oiseaux, malgré son inertie, elle se sent libre. Elle n’étouffe pas, murée dans une boule de naphtaline géante. Elle se sent protégée des bouts tranchants, pointus, auxquels elle se cogne d’habitude, volontairement, pour se sentir vivante. Elle se sent à l’abri d’elle-même et des  bouts aigus, blessants, qu’elle rencontre pour que le sang coule, pour que le bleu reste, encore, au ciel comme au corps.


Boule de naphtaline en érosion, sous un regard inquisiteur.


Saignée cathartique. Sous la cape des anges.


Regard fulminant qui entaille le cocon, lézarde la masse toute ronde, toute douce. Le plafond craquèle par endroits, et en dessous, ses rotules flanchent sous le poids de la mansarde écroulée.


Il y a un prix à payer après l’extase. Effet boomerang de la servitude, avilissement des mains fragiles après les mouvements brouillons des brûlantes étreintes. 


Les sentiments lourds à porter surplombent le parterre des souvenirs bien ordonnés et ne laissent rien dépasser. Les sentiments lourds à porter défoncent le parquet placide. La geôle s’effrite toute entière. La geôle se dématérialise en quelques secondes.


Disparition.


Elle s’assoit sur le petit mur en béton, regarde couler le bain multicolore des automobiles qui découpent le silence et filent tout droit dans le ventre du soleil.

 

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Rédigé par Nuit bleue

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