Parenthèses

Publié le 27 Mai 2012

Sept mois que nous ne nous étions pas vus. Le café sur la colline est déserté à l’extérieur. Le soleil tape trop fort à cette heure-ci, tant pis, on déplacera les tables et on trouvera de l’ombre à défaut de parasols. Paraît qu’ils en ont pas parce qu’ils s’envolent, de là.


Sept mois et peu importe, c’était comme avant. On a parlé de tout, de la vie qui était devenue pour nous un peu plus tortueuse depuis qu’il nous avait quittées, du jour de l’obtention du visa, de Barcelone, des longues virées sur le bitume européen, du sud de la France, de liberté, de Tamanrasset, du cinéma d’Almodóvar, de Dalida. Après, il y a eu la longue descente zigzagante bordée de roches et d’arbres perchés, le vent frais et artificiel qui nous faisait oublier la saison, les rythmes frénétiques de maxima radio, la voix envoûtante de Hasna, les textes mélancoliques de Mary Trini ; alors on a senti à quel point c’était magique de pouvoir ouvrir comme ça une parenthèse bien molletonnée et sortir du monde « réel », oublier les prises de tête avec les employés, les galères avec les fournisseurs, les chiffres d’affaires qui jouent au grand huit avec tes nerfs, les jours qui restent et si tu boucleras ton mois, le nombre de zéros d’écart entre la réalité et tes espérances, la hantise de signer des chèques sans provision.


Ce soir, c’est la soirée de clôture de Cannes 2012, et j’ai bien envie de rouvrir une petite parenthèse, un paquet de bimos à la main histoire de voir comment seront les robes, les coiffures, les sourires et les discours. Qui aura la palme, et si moi j’aurai trouvé mon Graal : l’agglomérat de grains de sel engourdi dans l’une des galettes dorées.

 

 

 

Rédigé par L.

Publié dans #Journal

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L
Excellent
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O
wech nkollék, de toute façon 3labalék...
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L


Oui oui, je sais !


On refait ça quand ? Merci pour ton appel, merci pour tout ...