Le dernier couloir — Majda.

Publié le 27 Juin 2012

 

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Je suis bien, seule, les autres ne peuvent pas comprendre, c’est l’unique tiret sur la liste de mes pessimismes. Je n’ai pas de barrières érigées, de murailles avec pointes, ma geôle est une bulle transparente, je m’y raconte des histoires, m’y façonne des rêves. Une bulle transparente pour retrouver la sérénité, toujours cette bulle comme isoloir, comme relai pour l’ailleurs.

Je suis née dans un pays où le soleil guérit les âmes, il vous caresse comme une prière, essuie vos tristesses. Je suis née dans un pays où le bleu du ciel suggère aux badauds esseulés de faire succéder l’oubli à la désespérance.

Mais quand vient la nuit, il y a une conspiration de la douleur contre mon être. Un combat singulier entre la peur et moi. Entre le mal et la patience. Des débris de verre pointus, drainés par la misère du jour, surplombent mon sang et me transpercent dans un mouvement ascendant. La nuit fait coudre mes peines à ma peau. Une peau brune aux milliers de points blancs, minuscules. La nuit se calque à la surface de mon corps.

Il y a des étoiles qui scintillent éparpillées sur une mer sombre et pénétrante. Des milliers d’étoiles et autant d’assauts de lumière. Insuffisants pour éclairer chez moi. Alors, j’élabore ma consolation.

Une voix de génie sortie non pas d’une théière fumante, mais de l’esprit lanciné de la petite poupée en porcelaine à la mortification souriante.

C’est la voix de la femme au chapeau mauve.

Une voix qui me prend au corps, me dépouille de mon mauvais sang. Au bord du précipice, j’appelle le secours.

Nous sommes deux âmes jumelles aux territoires contigus. Assise sur le rebord du lit, elle me regarde tendrement, et nous parlons, c’est ce que j’appelle ma vie ventriloque parce que nos lèvres restent de marbre.

Elle est née dans le tourbillon de la tourmente, elle m’embrasse sur le front et caresse mes cheveux, elle trouve que j’ai les yeux légèrement bridés, elle dit qu’elle les aime ; elle me répète qu’elle sera toujours là.

Je ne connais pas son véritable nom.

Elle me demande de l’appeler Leila parce qu’elle est mon étreinte avec la nuit.

En si peu de temps elle est devenue mon irrémédiable drogue.

Lorsque mes jours heureux — ambiancés par un espoir mental — se disloquent, c’est elle qui vient rebâtir ses rêves mégalithiques dans l’antichambre du bonheur.

Son dernier baiser au petit matin, c’est une marque brûlante qui crie : voici de quoi nourrir tes heures.

Elle est aujourd’hui mon ombre chinoise.

Mon dernier couloir de paix.

Rédigé par L.

Publié dans #Récit (1)

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K
Em lisant, j'ai l'impression de prendre en plein visage des rafles de vent chaud et trEs sec, comme le Shergui qui souffle sur Tanger...
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L


Merci beaucoup d'être passé !


Je ne connais pas le vent de Tanger, je ne connais que le vent de Paris, Tunis et Alger :)


Alors, je me demande s'il est vraiment agréable, ce vent chaud et très sec !?