Publié le 20 Juin 2012

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Lui a préféré partir parce qu’il rêvait d’ailleurs, il est parti sur l’eau parce qu’il en avait assez des voyages immobiles, la vie fantasmatique, monter les cent vingt-neuf marches, se suspendre dans le vide sans avoir peur de la chute.

Lui, il n’en voulait plus du filet imaginaire, il disait ne plus jamais vouloir se faire rattraper. Il disait que plus il s’éloignerait de la rive plus il se sentirait vivre.


L’ivresse du danger, le vrai ; l’ivresse défiant la mort, son spectre haineux.

La nuit, je vois sa barque à la renverse et son corps qui plonge. Son vœu est exaucé, rien ne le retiendra, pas même mon cœur en excès. Je n’ai pas été de ses langues acérées qui ont dit reste, qui voulaient l’empêcher de briguer l’inconnu alors que c’était la mer à boire.


Mes écluses sont ouvertes sur d’autres folies.

Je suis le triste clown qui est resté pour languir. Lasse, prostrée la tête entre les mains, il me faudra un nez rouge pour molester dans la nuit sombre mes idées noires, leur couper le souffle, souffler sur des bulles de savon, les faire éclater sur mon visage, ainsi il brillera et je saurai transformer leur vision. Magie faisant, malgré la blessure pérenne, ils n’y verront que du feu, ils n’oseront pas penser aux larmes dégringolant sur mes joues, pas même à un sel fossile reposant à l’ombre de mes cils. Mes écluses sont ouvertes sur d’autres folies. La vie est une chimie, mon âme est un peu fluide, mon corps est un capteur d’impulsions et les électrons demeurent une danse circulaire.

Mon compatible naitra d’un clic, j’y convoierai les mots pour le haranguer, les mots pour convoiter son génome. Je serai la promesse d’un clair de terre, celle qui le délogera de sa planète, il sera mon trophée, ma conquête.

C’est cela, je crois que je vais me construire un amant, lui parler, lui écrire, vivre pour lui, avec lui, en lui.

Me soustraire au désaveu.

Faire taire le murmure des autres, la chair recroquevillée sous une chaleur stellaire. Libérer cette envie d’explosion sur une toile féodale assoiffée de couleurs, créer pour museler la rumeur des finitudes.

 

Depuis la grève, désirer vivre l’hébétude d’un titanesque naufrage ; et puis un jour, courir au sabordage.

 

Image : Peinture « La pêche à la ligne » — Delphine Cossais.

 

http://delphinecossais.typepad.fr/

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Publié le 20 Juin 2012

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Publié le 19 Juin 2012

Dans la bouche, elle a des mystères et du bubble gum bleu au menthol. Des mots bien agités avant l’ouverture. Alors, tu vois, si tu veux l’approcher, faut pas avoir peur des éclaboussures… C’est une fille démente, parce qu’elle fait rien comme tout le monde et que ça ne lui demande pas d’efforts.

Elle se fait pas rebelle, elle se pare d’aucune fantaisie. Elle exhale un parfum de frasques que j’ai jamais senti ailleurs. Elle ne s’fait pas interprète d’une différence. Elle ricoche sur toute comparaison. Elle est schtroumpfophile.

Avancer avec elle, c’est comme naviguer dans Alger. C’est comme surfer sur une eau impondérable, chicaneuse.

Tu montes, tu descends, tu montes, tu plonges, tu montes, tu tombes, tu te relèves, tu retombes. Et des fois, tu te fais mal.

Argueuse comme inimaginable. Jamais tu ne pourras te reposer à ses côtés. Elle a toujours sous la main un reproche à te faire, mais elle, elle appellera ça « constatation ». C’est pas pareil, c’est juste dire tout haut ce qu’on voit par hasard et qui nous scie un peu l’regard. C’est pas du tout comme chercher la ptite bête. D'ailleurs, elle aime pas les insectes, surtout ceux qui volent.

 

 

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Publié le 18 Juin 2012

     Bain

     Le zellige, des comètes étoilées à quinze branches violettes, de petites rosaces ocre et turquoise, toutes ces formes reposant sur un enchevêtrement de rectangles blancs. La vapeur sature l’air, les pores se dilatent, le sang bouillonne. Les corps nus sont frottés jusqu’à ce que naissent des égratignures.


     Il y a de la violence, de la sévérité dans ces frottements obstinés à rendre la peau plus blanche, plus lisse. On fait quelques fois une pause, on se rince en versant de l’eau que puise la tasse de cuivre qui fouille dans le bassin sous-jacent.

Elle gicle sur les corps et apaise ou réveille le tourment de leurs surfaces décrépies en fonction de sa température. L’épuration est bruyante, c’est comme des ouvrières qui, toutes à leur tâche, délient leurs humeurs et les partagent avec les voisines. Les rires s’escaladent, des voix retorses trouvent le moyen de se dégager du trouble sonore et se volent la vedette par plages étroites. Le bain a été réservé pour la mariée.


     Je n’y ai pas mis les pieds depuis mes dix ans. C’était un martyre, maman frottant insensible malgré mes supplications. Rien ne l’arrête. Je me liquéfie.

Sous les Celsius exacerbés, je manque de m’évanouir.


     Aujourd’hui je suis libre de repousser le calvaire. Et pour narguer ma mère je tiédis l’eau au possible, je fais faire rapidement le tour de mes membres au gant râpeux et passe au gel douche alors que les autres femmes de la tribu n’ont pas fini le premier mouvement. Je contemple Maria. Des sourires escrocs se détachent de la beauté piégeuse qui la relie désormais à un prince Mercedes. La perspective de sa cache dorée lui pince l’âme qui plisse et dont les froncements répercutent des mimiques hypocrites à la soupe de femmes obèses et ordinaires. Qui n’a d’yeux que pour elle. Pour sa silhouette dégagée et son visage luminaire. Elles voudraient la même pour leurs fils.


     Il y a comme un blanc entre ses lèvres plantureuses qui ne dit rien ou tout ce qu’on saurait poser dessus.


     Je sais qu’elle aimerait détaler. Assise sur « la pierre chaude » entourant la fontaine au centre du bain. Elle creuserait bien une petite rigole pour disparaître, gagner l’autre versant de la vie.

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Publié le 17 Juin 2012

Hier, j’ai eu envie de lui dire : « Je t’aime sur la bouche, et je ne sais pas trop depuis quand ». Mais j’ai eu peur. Peur qu’il ne se transforme en amphibien. Me prenne par les chevilles, m’attire dans l’eau. Trouble de son désarroi.

L’amour se nourrit de mystère, croît dans l’ombre ; tout comme les plantes chlorophylliennes avalent du CO2 et bronzent pour pousser, mon amour grandit dans le sous-bois de ses vocables enchevêtrés.

 De ses valses nocturnes toutes décaties. Qui s’éteignent au matin contre la joue caressante de biscuits mous aux brisures de chocolat.

 

*

 

Je crois qu’au creux de nous, quelqu’un est mort.

L’indifférence licorneuse s’est enfuie virevoltante.

Avant. Elle a sifflé avec inélégance toutes les liqueurs acidulées entreposées sur le podium de mes défaites.

Petite furie ! Elle a fait de mes échecs des babioles à engloutir.

 

Et puis elle m’a balancé du sable dans les yeux pour que je ne la voie pas partir.

 

 

 


 

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Publié le 15 Juin 2012

Parc-ret1

Depuis que j’écris, j’ai l’impression d’être moins étrangère à ma ville. J’observe ceux qui m’entourent et perçois des bouts de leur histoire ou de ce qui aurait pu être leur histoire. Ils frôlent mon regard et parfois je m’y accroche par envie. Je sais tout à coup ce qu’ils pensent et où ils vont. Ce qu’ils veulent et ce qu’ils disent.

Il y a ce couple qui descend du grand bateau. Celui où je ne monte jamais parce que je suis une peureuse et que son tangage audacieux m’intimide. Les sensations fortes je les vis en songes, mensonges que je mastique, modèle et recrache. Souvent, je fais des bulles avant. Des bulles où le temps s’arrête, dans lesquelles prolifèrent mes possibles. Je suis étrangère aux peurs manufacturées, monnayées comme un ticket pour le grand huit. Eux descendent hilares de leur voyage immobile, plus que jamais soudés par la tempête imaginaire qui les a secoués au beau milieu d’un mélange de cris réels et d’excitations abusives. Il lui achète une barbe à papa. Elle peut redevenir enfant puisqu’elle a trouvé où se blottir. Je les vois qui s’éloignent de la foule des consommateurs salivant devant le sucre offert. Ils descendent le petit escalier emboîtés l’un à l’autre, évoluent doucement, puis disparaissent quelque part sur le bord d’un chemin descendant où la forêt se sera écartée.

Leur dessein est fourré derrière les arbres. Je ne les vois plus. J’en conserve cependant un hologramme rémanent que j’anime depuis mon banc, c’est ainsi que tous deux dansent sur la plage blanche posée sur mes genoux.

Le voile magenta de la fille s’ouvre et tombe rejeté par sa chevelure torsadée, déroulée en vagues douces. Charme déferlant. Il s’est assis ; elle est debout face à lui. Vient le tour de la veste noire en lainage — longue pour cacher les formes —, elle la déboutonne lentement, s’en défait, puis la laisse tomber derrière elle. Son visage est une peinture ironique où se côtoient bonheur et appréhension. Joues rosées, regard oblique. Elle a un peu froid, mais ne dit rien, attend parce que c’est trop tard. L’homme se redresse, trois pas sur les feuilles craquelées lui suffisent pour la rejoindre. Ses mains entourent d’abord le visage, ensuite les doigts s’infiltrent dans la toison bouffante qui respire le pin. S’en détachent avec l’envie dérobée d’y revenir. Les mains s’apposent sur les épaules délestées, marquent un arrêt, puis descendent le long du dos, se rejoignent au-dessus des reins, emprisonnant la silhouette fine et droite, tranchante. Elle se rend compte doucement que les bras qui l’encerclent engendrent une chaleur invasive. Frissons écartés.  

L’homme réduit le diamètre de son étreinte, dégommant l’espace entre leurs corps tendus. Dilatoire, la fille reproduit les gestes de l’homme citadelle, abandonnant la chorégraphie sur une pause symétrique. C’est là qu’il se jette sur la bouche entr’ouverte avec pétulance ; il recouvre le méat de sa lèvre inférieure, se promène d’une langue dilettante au sein du territoire soumis. Rencontre en dedans les faces planes et les pointes aguicheuses des dents ; dangereusement diligent, il aborde la langue conjointe molle, tiède, ankylosée, comme une sorcière au bord de la défection.

L’éclairage baisse, le feu s’élève. Tremblements. Pourtant, il n’est plus envisageable d’abandonner. Tandis qu’il dégoupille sa ceinture, elle s’affale sur la veste.

Ce n’est pas une après-midi ordinaire, elle s’en souviendra comme d’un passage important sur le livre de sa destinée. Lui sait qu’il ne lui reste plus qu’à grimper dans le tronc, monter jusqu’aux branches, creuser dans la substance juteuse, jusqu’à atteindre le parenchyme secret, laisser alors à cet instant précis percer la lumière. Rien d’autre.

Ils sont moi ; de l’abîme à l’élévation.

Ils ont pris le manège où je ne suis jamais montée parce que je suis une peureuse et que son tangage audacieux m’intimide. Mais leur désir ne m’est pas étranger.

 

Texte écrit en octobre 2010 pour la revue Etoiles d’encre, dans son numéro 45-46 consacré à l’Etranger. Sortie mars 2011. Sommaire du numéro : http://www.chevre-feuille.fr/index.php/la-revue/etoiles-dencre-45-46.html

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Publié le 13 Juin 2012

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Publié le 12 Juin 2012

Reflets-dans-un-oeil-d-homme-Huston

« Chaque femme pourrait écrire l’histoire de son rapport à la beauté, analyser la place qu’a occupée dans sa vie son apparence physique. Ayant moi-même été, dans ma jeunesse, non une grande beauté mais une femme plus que moyennement mignonne, mon corps a été scruté, détaillé, jaugé, jugé et commenté par des milliers d’hommes inconnus un peu partout dans le monde, et ceci, de façon tantôt sympathique et tantôt antipathique. Jeune, je réagissais à ce phénomène avec fureur et indignation. Même quand je n’étais pas personnellement impliquée

– quand je voyais, par exemple, une affiche de film ou une couverture de magazine montrant plusieurs hommes “matant” une femme nue ou quasi nue –, la rage féministe m’étranglait. Il m’a fallu longtemps pour admettre, ou plutôt pour me rappeler, qu’existe

aussi chez les femmes le désir d’être “matée”. (Fait paradoxal, j’y reviendrai : les femmes sont plus passives dans le discours féministe que dans la réalité.)

     Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, deux événements ont infléchi la destinée des femmes en Occident de manière radicale et en sens contraire : l’invention de la photographie, et le féminisme. Les effets existentiels sur notre vie de ce double mouvement sont tantôt cocasses, tantôt sordides voire tragiques. Aucune société humaine, sans doute, ne s’est trouvée empêtrée dans une contradiction aussi inextricable que la nôtre, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant follement à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

     Nous montrons du doigt les femmes qui se couvrent les cheveux ; nous, on préfère se bander les yeux. »

Reflets dans un œil d’homme – Nancy Huston

 

Actes Sud LittératureDomaine français.

Mai, 2012. Genre Essais, Documents


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Publié le 11 Juin 2012

meningocoque1-coloration-bleu-de-methylene

Neisseria meningitidis. Coloration de bleu de méthylène (Gr X1000)


En une fraîche matinée de décembre, on entre dans le laboratoire de microbiologie pour la première fois, émergeant de la banalité ambiante, seules les couleurs m’interpellent. Elles sont partout. Bien sages dans leurs bouteilles, plus turbulentes dégoulinant des paillasses, débordant des éviers, sur les doigts des autres, déjà sortis…

Dans une rêverie qui me fait échapper quelques instants aux étapes de la « manipulation du jour », j’imagine tous les confrères prendre les flacons de colorants et éclabousser les blouses blanches environnantes : choisissez votre partenaire, vous avez à votre disposition du bleu de méthylène, du violet gentiane, un jaune brunâtre solution d'iodure de potassium iodée, et enfin de l’alcool à 95 ° pour diluer vos couleurs. S’esclaffant de toute part, ils enclenchèrent les hostilités créatives, les toiles humaines peintes s’affairaient elles-mêmes, donnant vie à d’autres chefs-d'œuvre mobiles. Il y en avait pour tous les goûts, une hégémonie de Pollock voire même de Kandinsky marquait l’atmosphère, d’autres plus sombres frôlant le Soutine !?

Quoi qu’il en soit, il fallut mettre fin au cours pratique d’art moderne, et passer à d’autres pratiques. Adieu — que dis-je au revoir — fantasmagorie.

Alors que ma partenaire et moi, effarées par les têtes agacées des « artistes » du premier groupe, avions prédit un majestueux ennui ; a posteriori réjouies, nous avons eu droit à des rebondissements. La nonchalance fut certes au rendez-vous en première période, mais il y eut un événement perturbateur, plutôt animateur. Notre pauvre lame tomba dans l’évier en cours de coloration, l’étape de rinçage se transforma en étape de salissure, étant donné que le bac en faïence, dans l’impossibilité de vidanger son contenu, emmagasinait un des plus extravagants mélanges de réactifs, colorants de toute sorte, décolorants…

Oh mon Dieu, que faire !? Vite, la pince, essayons de la sortir, l’eau était rougeâtre avec des reflets bleuâtres, excusez-moi je poétise, on n’y voyait finalement que du noir !
Dans un élan de sagacité :

— Prends la pince, vite ! Essayons de la retrouver.
— Repêcher tu veux dire ?
— Oui c’est cela.

Après un fou rire synchronisé, qui en se prolongeant dans une rythmique entraînante a servi de musique à ladite opération. Dans les profondeurs de ces eaux troubles, la pince ne trouvait rien. Et nos yeux ne trouvaient que nos yeux qui se lançaient des rires à la figure, comme si la conjoncture n’était pas assez burlesque.
Nous pataugions, et tous les efforts fournis avec l’ustensile n’aboutissaient point. En haut, en bas, à gauche à droite, sur les bords et les rebords rien du pareil au kif kif, une vague de walou très stressante.

— On patauge.
— Où est-ce que ce rectangle de verre a-t-il bien pu se cacher ?

Un hochement de la tête signifiait qu’il fallait alerter d’un commun accord les autorités supérieures. Nous avons décidé d’adresser une requête au chef d’orchestre de ce charivari, mais la tentative fut vaine.

— Je ne puis rien faire pour vous.

Dans les situations extrêmes, on se doit d’employer les moyens extrêmes.

— Tu as une idée ?
— Non, non pas pour le moment.

— Sérieux, on fait quoi ?
— Bah, on la cherche.

— Encore !?
— Une ultime recherche, et on abandonne.

— C’est bon, je sais.
— Ah oui, génial ! Quoi ?

— On dévisse, on ouvre par en bas, on vide, et… ben on la récupère.
— Il s’agit bel et bien d’un sympathique Trafalgar, mais nous n’allons tout de même pas nous inventer une vocation. Tu crois que depuis que tu as vu le plombier d’Ally Mc Beal réparer son évier, tu pourras en faire autant ?

— Oui, tu as raison, essayons autre chose.
— Si la pince n’y arrive pas, la main y arrivera.

Sincèrement chère amie, je ne te savais pas si héroïque. Et, plongeant, la main au fond du goudron aqueux, à plusieurs reprises, elle sortit avec un énorme sourire aux lèvres, notre infortuné frottis.

— À quelle étape étions-nous ?
— Au rinçage.

— Qu’y a-t-il ensuite ?
— Le 2e colorant, la Fushine pendant 15 à 20 secondes.

— As-tu chronométré, le temps que notre chère amie a mis dans son jacuzzi ?
— Eh bien, entre 5 et 10 min.

— Ahum, quelle fourchette !
— Continuons.

— Tu as raison, il serait temps d’avoir le verdict.

Quelques secondes plus tard, rinçage et séchage ayant cette fois-ci été accomplis « comme il faut » ; une question se posait, où est la partie supérieure et où est la partie inférieure ?

— On tire à pile ou face !
— Très drôle.
Tirer une lame de verre à pile ou face était une expérience unique en son genre. Nous avons finalement réussi à observer nos bactéries Gram négatif. Tes mains restèrent colorées bien longtemps, j’ai pu aussi voir tes vraies couleurs, mon héroïne.

— Je suis vraiment désolée, plus de rêverie, promis : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». (François RABELAIS)

« Il appelle sciences et arts la puissance qu'il a de donner à ses fantasmagories une précision, une durée, une consistance et jusqu'à une rigueur dont il est lui-même étonné ; accablé quelquefois ! » (VALÉRY)

 

Alger

Fac centrale — décembre 2006

 


Crédit image : http://examens-directs.over-blog.com/

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Publié le 10 Juin 2012

Être loin de toi c’est mieux te ressentir. J’ai de la fièvre et tu es le seul habitant de mes délires.

Je ne sais pas combien de temps cela durera.


Une avalanche de souvenirs me surprend. Je frise la démence.


Je revois Jeanne Moreau dans le noir de Paris qui cherche son Julien de bar en bar. Elle vagabonde sur la musique de Miles Davis. Elle murmure son nom, elle se regarde dans les vitrines et se fait peur. Ce que c’est abominable cet effroi de l’abandon calqué sur un visage !


Dans l’embrasure de la porte, un chaton guette. Il miaule son malheur et moi je ne peux pas rester indifférente. Il a dormi tout contre moi. J’étais la détachée, je deviens l’aimante. Tu m’altères.


J’ai toujours eu le fantasme d’un amant lunaire, mais il n’avait pas ta magie, tes pouvoirs. Je suis si fragile à tes côtés que reviennent mes nuits nostalgiques.


À Alger l’amour n’a pas le droit de se montrer. 

On aime en cachette des parents. On s’embrasse en voiture lorsqu’on roule loin du monde. Nos envies, on les confine, on les retarde pour les prochains instants volés.

Nous aimons à huit clos, dans des cercles fermés. Nous aimons par-dessus les interdits.


À tes côtés je redeviens la dérangée créative. T’écrire ma vie à distance c’est ma preuve suprême d’amour.


Tu es ma cachette du moment.


Tu es ma seule fortune.  

 

 

Alger — été 2010

 

 

 


 

 

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